Classics

L’Horloger de Saint-Paul : Un grand Noiret !

Par Kévin Corbel

 

Premier film du réalisateur Bertrand Tavernier, l’adaptation du livre de George Simenon, "L’Horloger d’Everton" se paye des têtes d’affiche de luxe, une intrigue réinventée et des dialogues de qualité. Retour sur "L'Horloger de Saint-Paul", un long-métrage qui fut le point de départ de nombreuses choses.


Une relation père/fils simple dans sa complexité

L’histoire de "L'Horloger de Saint-Paul" commence au lendemain des législatives de 1973 : Michel Descombes (Philippe Noiret) et ses amis s’indignent du recul de la droite et fustigent la gauche. En rentrant dans son appartement du quartier de Saint-Paul à Lyon, l’horloger s’étonne de l’absence de son fils, qu’il a du élever sans sa mère et a qui il laisse beaucoup de liberté. Le lendemain, il reçoit la visite de la police : le commissaire Guilboud (Jean Rochefort) lui apprend alors que son fils a tué un homme et qu’il est en cavale avec sa petite amie. C’est un vrai choc pour Michel, qui se rend compte qu’il ne connaît rien du jeune homme qu’il a vu grandir. Très vite, le père est assailli par les journalistes : on donne au crime de son fils un caractère politique, ce qui énerve le père, qui ne souhaite le bien-être de son enfant. C’est alors que naît une nouvelle complicité entre le fils criminel, déjà blasé par la vie, et le père horloger, dépassé par les évènements mais solidaire de son fils malgré tout.

Une sobriété assumée

Que ce soit dans la musique de Philippe Sarde, le rythme de "L'Horloger de Saint-Paul" ou l’intensité des dialogues, une certaine tempérance se ressent, ce qui peut être à la fois une qualité comme un défaut. L’intrigue met en scène un homme perdant le contrôle de sa vie et qui se repli sur lui-même au lieu de demander de l’aide, faisant ainsi un parallèle avec son fils, qui ne se bat pas contre le jugement sévère d’un crime qui tend à se justifier. Si Jean Rochefort apporte une pointe de gaieté et d’humour, ce n’est pas suffisant pour apporter assez de dynamisme au film, qui malgré tout s’en sort très bien de par ses dialogues bien écrits et ses acteurs qui livrent une belle performance.

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Les débuts d’une grande collaboration

Hormis pour sa qualité, "L'Horloger de Saint-Paul" reste important pour les premières fois qu’il engendre. Premier long-métrage de Bertrand Tavernier, qui est aujourd’hui considéré comme un grand réalisateur français. Première collaboration entre Bertrand Tavernier et le compositeur Philippe Sarde, qui fera la musique de la plupart de ses films. Et surtout début d’une longue amitié, à la fois devant la caméra et dans la vie, entre Philippe Noiret et Bertrand Tavernier (le premier sera le témoin de mariage du second), consacrée en 1990 par un César du meilleur acteur pour le film "La Vie et rien d’autre", du même Tavernier.

D’aucuns diront qu’il est présomptueux de qualifier "L'Horloger de Saint-Paul" de chef d’œuvre, il n’empêche que ce film, en plus de valoir le détour, reste le théâtre de rencontres ayant beaucoup apporté au cinéma français. Et n’est-il pas plaisant de s’échapper dans les rues de Lyon le temps d’un film ? Cela change de Paris tout en restant en ville. Comme le dit Louis-Ferdinand Céline, dont la citation est épinglée au mur de la chambre du fils de l’horloger : « moi j’aime pas la guerre, parce que la guerre ça se passe à la campagne et la campagne ça m’emmerde. »

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