20 octobre 2021
Classics

Liaison Fatale : Sexe et puritanisme

Par Dorothée Durand

Avec la réédition en Blu-Ray du film "Liaison Fatale", chez Paramount Pictures, voici l’occasion de redécouvrir une terrifiante histoire d’amour, un classique des années 80. Moderne et original à la fois, "Liaison Fatale" est un thriller palpitant qui aura fasciné des millions de spectateurs.

"Liaison Fatale", film doublement moderne et original, aura reçu six nominations aux Oscars dont celles du meilleur film et réalisateur. C’est la troisième réalisation d’Adrian Lyne (après "Flahsdance" et "9 semaines 1/2"). Lors de sa sortie en salle, Il provoquera un débat houleux sur le sexisme. L’équipe du film devant se défendre contre les violentes attaques des féministes qui trouvaient le film abject.

La genèse du film

"Liaison Fatale" est une excellente illustration du malaise puritain de la société américaine face au désir sexuel, ainsi que de la persistance à vouloir faire porter toute la faute sur la femme dévergondée dès lors que la fidélité conjugale est menacée. Si l’œuvre d'Adrian Lyne est le noyau de tous les films de traqueurs fous, l’origine de ce long-métrage est peut-être à chercher ailleurs. Ainsi, "Un Frisson dans la nuit", premier film réalisé par Clint Eastwood en 1971, met-il en scène un animateur radio avec une grande maison et une Jaguar de collection décapotable, dont l’aventure d'un soir va entraîner destruction de biens et tentative de suicide. Le héros est finalement contraint de balancer une femme névrosée du haut d'une falaise ! Toutefois, c'est un célibataire dont il s'agit dans le film d'Eastwood contrairement au héros de "Liaison Fatale" qui est marié et représentatif du norme sociale largement répandue. Et au cas où vous ne l'auriez pas saisi, l'infidélité, c'est mal, très mal dans l'Amérique des années 80...

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Glenn Close - Michael Douglas - Anne Archer
Femme ou démon ?

"Liaison Fatale" aura été rendu culte grâce à quelques scènes emblématiques dont celle du lapin. Le public se souvient sûrement de cette psychopathe qui harcèle un homme marié et qui tue le lapin de sa petite fille pour le faire bouillir en cocotte. Quand l’épouse de ce dernier soulève le couvercle de la marmite, elle découvre une fourrure blanche discrètement marbrée de sang et elle hurle. La séquence est restée une façon très évocatrice de qualifier une femme dangereuse et prédatrice.

"Liaison Fatale" montre les conséquences destructrices que peuvent avoir un adultère. Avec le drame d’une femme amoureuse, malade et hystérique, prête à tout pour faire un enfant malgré le mensonge et la trahison. Les hommes ressentent facilement la détresse de Michael Douglas, à vouloir protéger sa famille. Les femmes, elles, ont sans doute de la compassion pour cette amoureuse qui se sent incomprise, bafouée et humiliée.

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Un film-culte

Plus de trente ans après sa sortie, ce long-métrage demeure efficace avec une mise en scène fluide et une lumière magnifique. "Liaison Fatale", c'est avant tout la performance de Glenn Close et le rôle d'Alex aura été décisif dans sa carrière. Jusqu'alors toujours choisie pour incarner les gentilles filles, l'actrice aura bataillé ferme pour décrocher le rôle. D'abord opposée à la nouvelle fin, jugeant très peu crédible qu'Alex sombre dans la rage meurtrière, elle finit par se plier à l'esprit d'équipe et l’exigence du réalisateur pour rendre à la perfection ce dérapage de la bienséance à la démence. Michael Douglas, lui, exploite avec talent les failles de son personnage, ce qui le rend attachant malgré son caractère parfois pathétique.

La bande-originale est plutôt. Cette partition constitue un sommet de la période synthétique de Maurice Jarre (instrument qu'il avait déjà employé pour "Firefox" de Clint Eastwood par exemple). Au-delà du thème principal pour piano et synthétiseur, d’un romantisme assez habituel chez le compositeur, le reste de la partition est une habile construction / déconstruction sonore synthétique qui soutient les nombreux passages à suspense.

Le style d’Adrian Lyne est le parangon ultime de l’ère visuelle clinquante des années 80 que l’on retrouvait chez Ridley Scott, Tony Scott, Alan Parker ou même chez Michael Mann dans ses débuts (on pourra penser au film "Le Solitaire" avec James Caan ou bien encore à "Black Rain"). Cette approche impose au film un esthétisme quelque peu désuet pour certains spectateurs aujourd'hui. Et, pourtant, c'est ce qui fait tout son charme (superbe photographie d’Howard Atherton).

"Liaison Fatale" aura ouvert, malgré lui, la voie au sexy thriller qui trouvera son apogée avec "Basic Instinct" en 1992 (toujours avec Michael Douglas, aux prises cette fois-ci avec Sharon Stone et son célèbre pic à glace). Il est devenu un classique des années 80, un divertissement réussi doublé d'une bonne variation sur le thème de l’adultère. Encore aujourd’hui il continue d'inspirer des histoires de harcèlement.

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