Classics

Los Angeles 2013 : Call me Snake !

Par Yann Vichery

C’est en 1981 que le hors-la-loi Snake Plissken débarquait sur les écrans de cinéma dans "New York 1997" de John Carpenter devenant culte chez de nombreux cinéphiles. Snake revenait sur les écrans 16 ans plus tard dans "Los Angeles 2013" actuellement diffusé sur TCM.

Inventé par John Carpenter lui même et Nick Castle (Le Mike Myers de "Halloween"), la naissance de Snake Plissken prends ses racine dans les héros solitaires de westerns dont Carpenter a toujours été fan (on peut notamment penser à Clint Eastwood dans la trilogie des dollars). Le film qui a vu apparaitre Plissken pour la première fois, et dans lequel il est envoyé en mission afin de sauver le président des USA dont l’avion s’est écrasé en plein New York devenue entre temps une prison fédérale à ciel ouvert, était une oeuvre qui naviguait entre science fiction pure et anticipation (ils sont rares d’ailleurs ces vrais films qui annoncent un futur pas si lointain que cela : "Apocalypse 2024", "Les Fils de l’Homme", "THX 1138", "Mad Max 2" par exemple). Plissken y menait sa mission dans une ambiance noire, désespérée et sans réel espoir. Le film fit date par ses visuels (James Cameron y faisait ses premières armes en tant que peintre sur verre) et l’intelligence du scénario. Kurt Russell trouvait en Plissken un des grands rôles de sa vie (avec celui de Jack Burton, autre oeuvre culte de Big John). Le film fut un énorme succès commercial qui confirmait tout le potentiel de Carpenter dans le cinéma de genre (le slasher avec "Halloween", l’horreur avec "Fog").

Entre ce film et sa suite, "Los Angeles 2013", Carpenter réalisa 9 longs-métrages qui devaient lui assurer le succès attendu mais tout ne se passa pas comme prévu. "The Thing" fût éreinté par la critique qui lui préféra "E.T." de Steven Spielberg, "Les Aventures de Jack Burton" se planta au box office, tout comme son remake (raté) déguisé de "L’Homme Invisible" ou "Invasion Los Angeles". Seuls "Christine" (d’après Stephen King), "Prince des Ténèbres" et "L’Antre de la Folie" furent bien reçus. Les studios attendaient donc que Carpenter refasse le même succès qu’en 1981. Sous l’impulsion de Kurt Russell, et prenant comme base les émeutes de 1992 et le grand séisme de 1994 ayant touché Los Angeles, le scénario prend racine dans cette ville… en 2013. Toutefois, Carpenter n’est pas aussi docile qu’il le fait penser. Ereinté par le studio, il laisse l'impression de refaire le même film sous la contrainte, mais à sa manière. Ainsi "Los Angeles 2013" était sur les rails et Snake Plissken était de retour… plus badass que jamais.

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En effet, "Los Angeles 2013" n’a rien à voir ou presque avec "New York 1997" même si l’histoire est sensiblement la même : Plissken doit récupérer une sorte de boitier volé dans Air force One au Président des USA, boitier censé contrôler les satellites du monde et perdu dans Los Angeles, ville transformée en zone confinée ou sont envoyés tous les rebuts de l’Amérique, sans aucun espoir de retour. Dans ce film, Carpenter se moque littéralement sur un ton sarcastique de ce qu’on lui demande : « vous voulez absolument une suite à "New York 1997" ? Vous allez être servis. » Contrairement à l’original, à Los Angeles rien n’est sombre ni désespéré. Tout est excessif et presque parodique. Carpenter accumule ici les fautes de gouts provoquées. Les « méchants » du film n’en sont pas vraiment : Cuervo Jones (Georges Corraface, sosie du Che qui parade dans la même caisse qu'Isaac Hayes - qui apparait d’ailleurs en lunettes durant la scène de basket) n’a pas vraiment de charisme; le Président des USA (Cliff Robertson) est traité tel un pseudo-dictateur en puissance, une sorte de Donald Trump avant l’heure; Bruce Campbell apparait en chirurgien esthétique fou (on est dans la ville du faux et du paraitre en même temps donc autant égratigner un peu ce symbole de la cité des anges); Steve Buscemi est une pale copie d'Ernest Borgnine en chauffeur de taxi, ami des stars.

Cela reste cependant un plaisir de tomber au coin d’une scène sur quelques légendes tombées un peu dans l’oubli (Peter Fonda en surfeur, Pam Grier en trans, Stacy - "Mike Hammer" - Keach en clone de Lee Van Cleef). Carpenter se plait à détruire le symbole de Los Angeles dans le même temps en faisant brûler la colline ou sont plantées les lettres les plus connues du monde Hollywood et où les studios Universal ont été carrément engloutis après un tremblement de terre. Ainsi, il fait de Snake Plissken un pantin désabusé, embarqué dans une scène de surf, dans un vol en ULM ou dans une course de motos ou rien ne l’arrête. On regrettera quand même le fait que les effets visuels semblent bien datés et de qualité nettement inférieure comparés à l’original. Bref, Big John fait un magistral bras d’honneur aux pontes des studios qui lui ont pourri une bonne partie de sa carrière. La fin du film envoie tout exploser avec classe et il ne reste plus que Snake Plissken, son air cool, qui termine par un regard caméra (interdit au cinéma) qui semble dire : « vous avez eu ce que vous vouliez. » Oui, "Los Angeles 2013" est une bonne série B signée Carpenter avec le gars qui jouait dans Jack Burton...

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