25 juillet 2021
Classics

Mean Streets : Ainsi naissait Scorsese

Par Yann Vichery

Martin Scorsese, le nom évoque de suite un des plus grands cinéaste de notre temps. Il est pour moi, un des réalisateurs (auquel j’ajouterai Steven Spielberg, Terry Gilliam et Alfred Hitchcock) qui ont fait naitre ma passion pour le septième art. Commencer par le début était une évidence pour évoquer ce réalisateur : déjà auteur de 2 fils restés assez confidentiels ("Who’s that knocking at my door", en 1967, et "Bertha Boxcar", en 1972). C’est sous les conseils de John Cassavetes qu’il entame le tournage de "Mean Streets" (diffusé sur TCM) selon des règles qu’il fixera lui même et qui font de ce film la véritable « naissance » cinématographique de ce réalisateur.

"Mean Streets" est le film qui pose les bases du style « Scorsese » et d’une grande partie de sa riche filmographie : les petites histoires dans le monde de la mafia, les relations avec « la famille » et les (faux) amis, l’ascension et la chute d’un individu, la recherche du pouvoir et le rapport à Dieu. Des thèmes de prédilection souvent retrouvés dans ses œuvres ("Casino", "Les Affranchis" et "The Irishman" pour la mafia, "La dernière tentation du Christ" et "Silence" pour la religion, "Aviator", "Raging Bull" pour l’ascension). Scorsese s’inspire de son propre univers et de souvenirs (qu’il avait sous ses fenêtres lors de son enfance dans son quartier de Little Italy), lui qui a un jour souhaité devenir prêtre avant de devenir réalisateur.  Ce film marque aussi la rencontre avec Robert de Niro (bientôt 10 films ensemble) et Scorsese deviendra un des réalisateurs du « nouvel Hollywood ».

"Mean Streets" met en scène des apprentis gangsters de la petite mafia de Little Italy. Johnny Boy (De Niro), tête brulée et bagarreur, qui emprunte de l’argent à un parrain, sans intention de rembourser. Son ami Charlie (Harvey Keytel), jeune mafioso ambitieux qui tente de le protéger de ses créanciers. Mais Johnny Boy est incontrôlable. On reste quand même assez éloigné de la mafia des "Affranchis" ou de "Casino" puisqu’ici on se cantonne à la petite délinquance de quartier. Cependant, tout au long du film, la tension monte progressivement pour le personnage de Charlie qui se confronte à plusieurs problèmes qu’il tente d’éviter au mieux : maitriser son ami Johnny Boy dont le caractère sera poussé à son paroxysme par les interprétations de Joe Pesci dans "Les Affranchis" et "Casino", concilier ses ambitions avec les obligations religieuse. Au fur et à mesure du film, on se doute cependant de l’issue.

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Robert de Niro, Martin Scorsese et Harvey Keitel sur le tournage

"Mean Streets", c’est surtout un film réalisé avec les moyens du bord, mais avec une maitrise technique déjà visible. Caméra à l’épaule, suivant de prés les acteurs, mettant en place des ralentis, exploitant les décors dans les scènes de tension (la bagarre dans la salle de billard), affichant des couleurs spécifiques pour accompagner les personnages et utilisant les chansons des Rolling Stones ou de Eric Clapton comme personne, tout Scorsese est déjà reconnaissable dans ce film. Et si, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le film n’a pas été entièrement tourné en décors réels à New York, on y sent l’amour de Scorsese pour New York.

Avec "Mean Streets", Scorsese s’attachait à décrire des tranches de vies de personnages qu’il reprendrait à plus grande échelle plus tard dans des productions avec plus de moyens, d’ambition, de talent et de grandeur et il ne tarderait pas à donner à New York ses lettres de noblesse avec "Taxi Driver". Ironie de l’histoire, c’est Scorsese lui même qui tire sur de Niro comme pour achever quelque chose et pourtant, presque 50 ans après ce film, ils s’apprêtent de nouveau à tourner ensemble. L’histoire ne s’arrête donc jamais entre ces deux-là, pour le plus grand plaisir des cinéphiles !

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