28 novembre 2021
Classics

Mélodie en sous-sol : Duo de choc !

Par Jérémy Joly


Le 11 mai 1962 sort dans les salles obscures « Un singe en hiver », réalisé par Henri Verneuil. Cette comédie adaptée du roman d'Antoine Blondin met en scène deux vedettes de générations différentes, Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo. Ce film est un magnifique éloge à l'ivresse qui permet aux personnages principaux de voyager dans des pays étrangers, l'Espagne pour l'un et la Chine pour l'autre, sans même quitter le bar. Le 22 octobre 1962, Henri Verneuil met le premier coup de manivelle de son film suivant : « Mélodie en sous-sol ».

Melodie-en-sousol1


Adaptation d'un roman

« Mélodie en sous-sol » est l'adaptation d'un roman américain intitulé « The Big Crab » écrit par John Trinian en 1960 dont la traduction en français se fait dès l'année suivante et sort dans la collection Série noire chez Gallimard. Aux États-Unis, le livre ne sera édité qu'en 1963. Par la suite, John Trinian devient scénariste pour le cinéma et la télévision. Au départ, Henri Verneuil et Michel Audiard souhaitent écrire pour Jean Gabin un film d'aventures qui se déroule en Afrique. Or ce dernier refuse catégoriquement de sortir de l’Hexagone pour tourner un long-métrage. L'écrivain et scénariste Albert Simonin est alors appelé en renfort. Il est connu pour avoir écrit la Trilogie de Max le Menteur, avec comme personnage principal un truand vieillissant qui sera adaptée au cinéma : « Touchez pas au grisbi », « Le cave se rebiffe » et « Grisbi or not grisbi » qui deviendra au cinéma « Les Tontons Flingueurs ». Le projet change et le scénario se transforme en film de braquage dont l'action se situe à Cannes. Jean Gabin, après avoir lu le script et s'être assuré que le tournage aura bien lieu en France, accepte de participer au projet de ce film qui s'intitule « Mélodie en sous-sol ».

Henri Verneuil derrière la caméra
En 1947, l'acteur Fernandel, déjà célèbre, accepte de tourner dans le court-métrage « Escale au soleil » d'Henri Verneuil, un réalisateur alors totalement inconnu. Suivra ensuite une riche et solide collaboration avec huit long-métrages dont « La Vache et le prisonnier ». Henri Verneuil a la capacité de réaliser des films avec des gros budgets et avec des grandes stars du cinéma. Il gagne même une renommée internationale, arrivant à séduire les grandes productions américaines (MGM, Columbia Pictures et la 20th Century Fox) et réalise deux films avec Anthony Quinn. Dans les années 60 et 70, le cinéma d'Henri Verneuil est populaire, il propose des histoires spectaculaires afin de divertir au mieux les spectateurs. Le thème du casse que l'on retrouve dans « Mélodie en sous-sol » revient régulièrement dans sa filmographie. Le vol, par son savoir-faire prodigieux, devient un art extraordinaire. Malheureusement, les protagonistes ne profitent jamais de leur butin. La réalisation d'Henri Verneuil est toujours soignée grâce à un apprentissage en étant assistant-réalisateur et avec la mise en scène d'une vingtaine de courts-métrages au début de sa carrière. Avec ses 34 longs-métrages qui cumulent près de cents millions d'entrées au box-office, il est l'un des cinéastes les plus célèbres du cinéma français.

Melodie-en-sousol2

La confrontation des générations
Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Gabin est boudé par le cinéma. C'est la traversée du désert jusqu'à « Touchez pas au Grisbi » en 1954, où il revient au succès et au rang de vedette comme avant la guerre. Il s'impose comme l'un des plus grands acteurs de son époque. Dans « Mélodie en sous-sol », il doit être face à un jeune acteur. La production pense à Jean-Louis Trintignant qui a triomphé dans « Et Dieu... créa la femme » de Roger Vadim face à Brigitte Bardot. Mais Alain Delon, qui a atteint le vedettariat avec « Plein Soleil » de René Clément et « Rocco et ses frères » de Luchino Visconti, fait savoir qu'il souhaite interpréter ce rôle, admirant Jean Gabin. Mais la MGM refuse, trouvant qu'Alain Delon n'est pas assez connu. Voulant absolument le rôle, ce dernier va jusqu'à refuser un cachet en échange des droits du film sur le Japon, l'URSS et l'Argentine, ce qui lui fera gagner énormément d'argent. La gouaille de Jean Gabin et la gueule d'ange d'Alain Delon forment un duo épatant. Leur complicité est telle qu'ils tourneront par la suite dans « Le Clan des Siciliens » et « Deux hommes dans la ville ».

Les dialogues en or de Michel Audiard
Aujourd'hui, il est évident de dire que Michel Audiard est l'un des plus grands dialoguistes du cinéma français. Il avait la capacité d'écrire des répliques savoureuses qui restent dans la mémoire après la projection et savait adapter son écriture par rapport aux acteurs. Dans « Mélodie en sous-sol », les dialogues entre les voyous sont une musique douce et agréable pour les oreilles. Le langage est particulièrement bien mis en bouche avec l'utilisation de l'argot. Ce vocabulaire a complètement disparu et le film nous plonge dans la nostalgie d'une époque révolue. Dans « Mélodie en sous-sol », Michel Audiard n'a modifié que vingt-cinq répliques par rapport au roman, déboussolant les producteurs. Mais ces quelques modifications suffisent à apporter au scénario une superbe plus-value.

Affiche-Melodie-en-sousol1

La mélodie de Michel Magne
1962 est l'année durant laquelle Michel Magne achète le château d'Hérouville, où il aménage un studio d'enregistrement, qui a accueilli les Pink Floyd, David Bowie, Eton John, Iggy Pop, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, etc. Avec sa formation classique, Michel Magne est capable de passer de la musique expérimentale à la variété. Dans les années 60 et 70, il devient un compositeur incontournable du cinéma français. Après avoir réussi à nous transporter musicalement en Chine et en Espagne dans « Un singe en hiver », il propose dans « Mélodie en sous-sol » un thème puissant qui accompagne magistralement les images et fortement appréciable dans la dernière scène.

Une scène finale mythique
La scène finale est restée dans la mémoire des cinéphiles pour son visuel éblouissant. Le personnage joué par Alain Delon est au bord de la piscine avec deux sacs remplis de billets provenant des caisses du casino. Encerclé par la police et les journalistes, il n'a pas d'autres choix que de plonger les sacs au fond de la piscine afin de cacher le butin. Jean Gabin, qui observe la scène de loin, cache son inquiétude derrière des lunettes de soleil. L'un des deux sacs finit par s'ouvrir et les billets remontent couvrant toute la surface de la piscine. Sur le scénario, l'idée paraît géniale. Cependant, Claude Pinoteau, alors assistant-réalisateur s'inquiète de savoir si cette scène est possible à mettre en place. Il fait d'abord un test fastidieux en collant les faux billets avec de l'air entre eux. Finalement, ce trucage n'est pas nécessaire, les billets remontent d'eux-mêmes à la surface, la magie opère et la scène superbement filmée offre un final époustouflant.


Tous nos contenus sur "Mélodie en sous-sol" Toutes les critiques de "Jérémy Joly"

ça peut vous interesser

La Traversée de Paris : Tout est bon dans le cochon

Rédaction

On est fait pour s’entendre : A écouter !

Rédaction

My Son : Interview de Christian Carion

Rédaction