1 décembre 2021
Classics

On ne meurt que deux fois : Film noir

Par Jérémy Joly


Le 9 octobre 1985 sort dans les salles obscures un film noir intitulé « On ne meurt que deux fois » réalisé par Jacques Deray, dans lequel Michel Serrault et Charlotte Rampling se partagent la vedette.

Le film s'inspire du roman éponyme écrit par l'auteur britannique Robin Cook. Il a été édité en France en 1983 dans la fameuse collection Série noire chez Gallimard, reconnaissable par sa couverture noire et son titre en jaune. Après la lecture du roman, Michel Audiard propose à Jacques Deray de travailler ensemble afin de l'adapter au cinéma, celui-ci accepte.

Au cours de sa carrière, Robin Cook raconte des histoires de plus en plus noires avec un réalisme sordide et un style quasi documentaire. Un autre de ses romans a été adapté au cinéma, « Les mois d'avril sont meurtriers » réalisé par Laurent Heynemann avec Jean-Pierre Marielle.



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Charlotte Rampling et Michel Serrault dans "On ne meurt que deux fois".

Une histoire glaçante
« On ne meurt que deux fois » rentre directement dans le vif du sujet. Dans la première scène, nous découvrons des policiers autour du corps sans vie d'un homme nommé Charly Berliner sur un terrain vague. L'inspecteur Robert Staniland dirige l'enquête qui le mène vers une certaine Barbara avec qui la victime entretenait une relation à la fois brutale et passionnée.

L'atmosphère du film est glaçante et mystérieuse. La découverte du cadavre se déroule en plein hiver, dans la neige. Les scènes au bord de la plage se passent sous un ciel plombé. Les décors sont grisâtres et les costumes sombres. La photographie est terne. L'histoire est un reflet pessimiste de la nature humaine. Le film montre une jeunesse déboussolée qui tombe dans la vente de la drogue. Elle est violente et possède un langage grossier pour se rebeller. L'inspecteur utilise des méthodes peu conventionnelles, n'hésitant pas à frapper des témoins afin de les faire parler. Même les histoires d'amour sont troublantes et inquiétantes à la fois.


Face-à-face étonnant
Michel Serrault est un des rares acteurs français à avoir réussi à alterner les rôles comiques et dramatiques, montrant une palette d'interprétations très large. Il est capable de faire rire en travesti, vedette d'une boîte de nuit, dans « La Cage aux folles ». Il peut également être mystérieux en notaire accusé d'un meurtre d'une enfant face à Lino Ventura dans « Garde à vue ». Il arrive même à être terrifiant dans « Docteur Petiot » où il interprète le célèbre médecin qui a assassiné de nombreux juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans « On ne meurt que deux fois », il joue un personnage sérieux, celui d'un inspecteur de police. Malgré l'histoire sombre, il réussit à faire sourire de temps en temps dans ce personnage qui se montre souvent cynique. Michel Serrault est face à Charlotte Rampling, un duo inattendu qui fonctionne parfaitement. La beauté froide de Charlotte Rampling correspond à ce personnage qui va tenter de troubler l'inspecteur. Cette femme est même diabolique, réussissant à déstabiliser l'enquête.

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Jacques Deray, Charlotte Rampling et Michel Serrault.
Les derniers dialogues d'Audiard
Michel Audiard est connu pour ses répliques qui font mouche. Il a créé un style reconnaissable s'inspirant de la gouaille du peuple parisien. Il a écrit des dialogues pour Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo ou encore Lino Ventura. Nombreuses de ses répliques sont devenues cultes comme « Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît » ou encore « Je pense que quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner ».

Dans « On ne meurt que deux fois », les répliques écrites par Michel Audiard sont plus sobres que les films précédents. Sa plume est difficilement reconnaissable. Il offre cependant à Michel Serrault quelques bonnes répliques afin de donner à son personnage un sens de la répartie. Michel Audiard décède le 28 juillet 1985 soit trois mois avant la sortie du film. « On ne meurt que deux fois » est le dernier long-métrage pour lequel il a écrit les dialogues.

Nous retrouvons dans les répliques de Michel Serrault une réflexion sur la mort : « Mourir, c'est rien. C'est l'après qui est pénible. » ou encore « Le drame avec la vie, c'est qu'on ne s'en sort pas vivant ! ». Michel Audiard était réticent quant au choix de Charlotte Rampling, proposé par Jacques Deray, pour jouer le personnage féminin, car il avait peur que son accent anglais dévalorise ses dialogues.


Jacques Deray, maître du polar
Le réalisateur Jacques Deray s'est spécialisé dans les films policiers. Sa carrière atteint son apogée en 1969 avec « La Piscine » qui réunit Alain Delon et Romy Schneider dans un drame rempli de tensions. L'année suivante, il met face-à-face deux monstres du cinéma français, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon dans « Borsalino ». Par la suite, il offre aux deux acteurs les derniers films réussis de leurs carrières. Dans « On ne meurt que deux fois », sa réalisation permet d'entrer dans la psychologie des personnages, mettant en avant le côté thriller de l'histoire et augmente le suspense. Elle accentue le jeu du chat et de la souris entre Michel Serrault et Charlotte Rampling.

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Une bande-originale signée Claude Bolling
Claude Bolling a composé plus d'une centaines de bandes originales pour le cinéma. Il est célèbre pour son thème au piano mécanique de « Borsalino » qui nous plonge dans les années 30. Pour la télévision, il a composé la musique de la série « Les Brigades du Tigre ». Dans « On ne meurt que deux fois », sa musique est loin des thèmes enjouées pour lesquelles il est connu. La bande originale a un petit côté jazz, genre de prédilection de Claude Bolling, où l'on retrouve du saxophone, du piano et des violons. Sa musique accentue le mystère de l'enquête et devient parfois oppressante dans certaines scènes.


Un succès modeste
A sa sortie, « On ne meut que deux fois » n'attire qu'un peu plus d'un million de spectateurs dans les salles obscures, arrivant 41ème au box-office de l'année 1985. Le film a eu droit à huit nominations à la cérémonie des César mais ne remporte que le César de la meilleur photographie pour Jean Penzer. « On ne meurt que deux fois » est malheureusement un polar sous-estimé qui mérite d'être redécouvert aujourd'hui.


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