26 septembre 2021
Classics

Papillon : Ode à la liberté

Par Amir Naroun

Adapté directement du roman autobiographique éponyme, Papillon (1973), disponible sur Arte dès ce dimanche) nous raconte l’histoire d’Henri Charrière, surnommé Papillon, envoyé au bagne en Guyane, accusé d’un meurtre dont il n’est pas coupable. Condamné à perpétuité, Papillon refuse de finir le reste de ses jours à des travaux de liberté. Il se lie d’amitié avec Louis Delga, riche homme, qui l’aidera à s’évader.

Sous ses airs de film d’évasion classique se cache en fait un film surprenant, multipliant bien des registres. La première chose qui étonne, est Steve McQueen dans le rôle de Papillon. Le King of Cool a plutôt marqué l’imaginaire pour être un homme fort, sûr de lui, et surtout libre ; posture qu’il incarne à merveille dans La Grande Évasion, film dont l’intérêt porte plus sur une minutieuse évasion spectaculaire que la condition de vie des personnages. Tout comme son acteur, Papillon est obsédé par la liberté. Ce choix de casting qui parait surprenant, se révèle d’une sensibilité rare.

"Papillon" est avant tout un film sur la liberté. Papillon veut recouvrir sa liberté à tout prix, rarement un personnage n’a été si obstiné. Il s’en dégage presque quelque chose de « pur », étant donné que le film ne justifie pas ce désir de Papillon. Il veut juste être libre. Cette même liberté est mise à rude épreuve. La caméra virtuose Schaffner met à rude épreuves les corps des personnages. L’humanité des personnages est mise à rude épreuve, lorsque les gros plans mettent en exergue la souffrance des corps et la dureté de la prison.

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Steve McQueen - Copyright Anwar Hussein / Warner Bros.

Plusieurs passages sont particulièrement marquant, car le film fait durer le supplice de Steve McQueen, seul dans sa cellule. Le film est long (150 minutes), et il y a une raison à cela : la longueur permet d’immerger le spectateur sur la durée des journées au bagne. Le choix du King of Cool montre encore sa pertinence. Pour appuyer encore plus son désespoir, l’équipe de Schnaffer n’a pas hésité à le rendre méconnaissable. Ainsi, plusieurs scènes mettent en valeur le visage de Steve McQueen, fatigué de la vie au bagne.

Malgré les conditions de vie du bagne en Guyane, rythmé quotidiennement par la saleté, la corruption, il peut y ressortir quelque chose de beau. Le film montre que derrière des conditions déplorables, peut naitre l’une des plus belles amitiés du cinéma. L’alchimie entre Louis Delga (incarné à merveille par Dustin Hoffman) et Papillon est immédiate, dès que les deux comparses apparaissent à l’écran, leur complicité crèvent l’écran. Papillon révèle un ton très chaleureux, allant jusqu’à émouvoir dans un final déchirant, moment que Steve McQueen estime être l’un des plus important qu’il a vécu.

Si ces petits paragraphes vous donne l’image d’un film d’évasion assez classique, avec la dureté du milieu carcéral, l’amitié de galère, les petits plans en pagaille pour s’évader, ou le prix de la liberté ; si "Papillon" exécute ceci à merveille, il est en fait bien plus que cela. "Papillon" joue avec les attentes en se voulant être plus qu’un « thriller carcéral », en témoigne le choix de tourner en pleine nature. Le long-métrage de Schnaffer va vite délaisser les scènes en intérieur pour se concentrer sur les environnements proches. Sous ses airs d’exotisme, le film se concentre sur l’aventure. De la malveillance au merveilleux, les séquences très dynamiques alternent avec des plans posés sur des paysages toujours plus beaux. Le travail de photographie de Fred Koenekamp, fidèle collaborateur de Schaffner, magnifie les paysages, sous un ton chaud et chatoyant agréable à l’œil.

Plus le film avance, plus il prend des airs d’idylle. Les personnages évoluent dans la nature, tout comme cette caméra, qui, avance horizontalement, semble prendre le rythme d’un courant d’eau. Véritable ode à la liberté, le film s’obstine à montrer le prix à payer pour aller au bout des choses. Très inspirant, le spectateur ressort apaisé, mais mélancolique de l’expérience qu’il a vécu ; les sacrifices furent nombreux, mais le prix payé en valait la peine.

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