26 novembre 2020
Classics

Poulet au Vinaigre : Acide polar

Par Jérémy Joly

C'était ce Dimanche sur France 3 qu'était rediffusé "Poulet au Vinaigre" de Claude Chabrol avec Jean Poiret. Retour sur un classique du film policier à la française des années 80...

Dans les années 70, Claude Chabrol aborde des sujets variés, il passe du polar au thriller et fait même un essai dans le fantastique. Après avoir dressé le portrait de Landru, il adapte un autre fait divers, "Violette Nozière" qui revient sur le scandale d'une empoisonneuse parricide, révélant l'actrice Isabelle Huppert. Claude Chabrol continue sa galerie de monstres avec "Les Fantômes du chapelier", où Michel Serrault campe un étrangleur de vieilles femmes. En 1984, il réalise "Poulet au vinaigre". Pour Le Quotidien de Paris, Claude Chabrol confie à Chafika Kadem « Pourquoi Poulet au vinaigre ? Mon premier parce qu'il y a un flic, mon second parce que le ton est acide, mon tout parce que le poulet au vinaigre est un excellent plat ». On reconnaît bien dans cette phrase le réalisateur qui prend plaisir à raconter des histoires et l'homme qui apprécie la bonne chère.

Le film commence par une fête, remplie de notables, avec un immense banquet. La scène se déroule à travers l'objectif d'un appareil photo. Chabrol oblige le spectateur à devenir en quelque sorte un voyeur. Cela lui permet de découvrir de façon brève différents personnages en écoutant des bribes de conversations. Bien que l'ambiance paraisse joyeuse à nos yeux, la musique de Matthieu Chabrol nous apporte un contraste, le ton est inquiétant. Cette entrée dans le film est d'une grande efficacité, donnant des informations intéressantes tout en gardant un certain mystère afin d'attirer la curiosité du public.

Après une ellipse de quelques mois, nous retrouvons trois personnages présents à la fête : Lavoisier, le notaire (Michel Bouquet), Morasseau le médecin (Jean Topart) et Filiol le bouchet (Jean-Claude Bouillaud). Très vite, on se rend compte que ces trois personnes sont ignobles. Elles cherchent à faire partir Madame Cuno (Stéphane Audran) et son fils (Lucas Belvaux) de chez eux afin qu'une opération immobilière juteuse voit le jour. Face à leur refus, les intimidations et les menaces se multiplient. Une fois de plus, Chabrol caricature un monde bourgeois méprisable. Ces notables sont sans scrupules et remplis de vices. Prêts à tout pour gagner de l'argent, ils plongent dans des magouilles.

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Lucas Belvaux est très convaincant dans ce rôle de jeune naïf, dont le défaut est la curiosité. En tant que facteur, il n'hésite pas à enfreindre le serment et ouvre les lettres qu'il lit. Il passe également son temps à observer en cachette les autres personnages. Stéphane Audran a un rôle étrange et angoissant, la mère en fauteuil roulant qui sombre par moment dans la folie, qu'elle joue avec une incroyable vérité. Michel Bouquet, habitué aux personnages détestables, nous offre une interprétation merveilleuse. Dans ce film, on retrouve deux seconds rôles fétiches de Claude Chabrol : Dominique Zardi en chef de poste et Henri Attal en employé de la morgue.

La première partie du film a un rythme lent. La tension s'installe progressivement. Lorsque Filiol, le boucher, décède dans l'accident d'une voiture sabotée, l'apparition de l'inspecteur Lavardin vient accélérer le récit. Les cadavres s'enchaînent et le suspense explose. Ce personnage manie l'ironie à la perfection et a des méthodes très discutables mais qui font leurs preuves. Il n'hésite pas à aller au-delà de la loi, par exemple en fouillant dans un lieu sans mandat ou en martyrisant ses suspects. La scène de l'interrogatoire peu traditionnelle, où l'inspecteur plonge la tête du notaire dans un lavabo est stupéfiante ! Lavardin a une image assez ancienne de la police, que l'on retrouve dans les classiques du roman policier. Physiquement, il a tout de l'inspecteur traditionnel, il porte une chemise et une cravate sous son pull. Mais ses actes et son langage sont modernes, il se rapproche plutôt de René Boisrond interprété par Philippe Noiret dans "Les Ripoux" de Claude Zidi. Lavardin est aussi très humain. Il n'hésite pas à défendre les plus faibles et à pardonner leurs erreurs, au point de manquer parfois d'objectivité. Par contre, il se montre implacable face aux plus forts. Par son charisme et sa capacité comique, Jean Poiret rend ce personnage attachant.

Dans "Poulet au vinaigre", la gastronomie, un sujet qui passionnait Claude Chabrol, est bien représentée. Tous les matins, l'inspecteur Lavardin a pour habitude d'avaler goulûment deux œufs au plat parsemés de paprika. Le personnage de Lucas quitte un repas frugal en compagnie de sa mère pour aller rejoindre sa collègue (l'admirable Pauline Lafont) dans un restaurant chic. Claude Chabrol vous a concocté un menu appétissant : du foie gras suivi d'un ris de veau aux morilles et pour terminer des profiteroles, le tout arrosé de champagne. Il est fortement déconseillé de regarder un film de Claude Chabrol le ventre vide !

"Poulet au vinaigre" a été tourné avec un petit budget. A sa sortie, le film reçut de bonnes critiques et la prestation de Jean Poiret a été fortement saluée. L'année suivante, Claude Chabrol réalise "Inspecteur Lavardin", une nouvelle enquête policière avec Jean Poiret. En 1988, une série se crée : "Les Dossiers de l'inspecteur Lavardin". Quatre épisodes sont réalisés en deux ans. Malheureusement, la disparition soudaine de Jean Poiret à l'âge de 65 ans marque la fin du personnage de l'inspecteur Lavardin. Depuis, aucun acteur n'a repris ce rôle taillé pour lui.

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