30 octobre 2020
Classics

Que la bête meure : Thriller hitchcockien

Par Jérémy Joly

D'abord critique pour les Cahiers du cinéma, Claude Chabrol réalise à la fin des années 50 « Le Beau Serge » et « Les Cousins », films qui s'inscrivent dans le mouvement de la Nouvelle Vague. Dans les années 60, il signe un chef d’œuvre intitulé « Landru », film qui retrace la vie du tristement célèbre tueur en série. A la fin de la décennie, il entame la période la plus prolifique de sa carrière avec « Les Biches » et « La Femme infidèle ». En 1969, celui que l'on surnomme le « Hitchcock français » adapte un roman de Nicholas Blake, qui a pour titre « The Beast Must Die », un thriller policier paru en 1938 et traduit l'année suivante sous le titre de « Que la bête meure » (que l'on pourra revoir ce Mardi 16 Juin sur France 3).

« Que la bête meure » commence par un zoom arrière d'un petit garçon en ciré jaune qui s'amuse à attraper des crabes sur une plage, aucune musique, tout semble calme. En parallèle, nous découvrons le plan d'une voiture qui roule dangereusement vite, sur une musique de Brahms extraite de Vier ernste Gesänge, interprétée par Kathleen Ferrier. Les plans s'enchaînent et le contraste est visible. Les plans de la voiture apportent une ambiance effrayante tandis que ceux du garçon sont apaisants. Leur rencontre semble inévitable et le drame prévisible arrive : la voiture percute le garçon sur la route qui mène chez lui. Sans hésitation, Le chauffeur continue son chemin. Le père, devant le corps sans vie de son fils, crie de douleur. Cette scène glaçante donne le ton au reste du film.

Après une ellipse de quelques mois, nous retrouvons ce père, joué par Michel Duchaussoy (le héros de la série "Un Juge, Un Flic" notamment). Il est sublime dans ce personnage qui souffre de la perte soudaine de son fils. Il est obligé de vider la chambre de son enfant, il plonge dans le passé grâce à des images projetés sur un mur afin de ne pas oublier et il veut que l'on parle de l'être disparu au présent refusant de voir la vérité en face. Durant tout le film, il va mentir à toutes les personnes qu'il rencontrera. L'utilisation de la voix-off est d'une grande efficacité, puisqu'elle donne les vraies pensées et émotions du personnage. Le spectateur entre dans la complicité.

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Pour lui, le seul moyen de retrouver un peu de paix est de tuer l'assassin de son fils. Alors que l'enquête de l'inspecteur de police (Dominique Zardi) piétine, ce père compte passer tout son temps et son énergie à trouver le coupable. Le hasard le mène à une ferme, où le propriétaire a vu le conducteur responsable de la mort de son fils. Les films de Chabrol se déroulent toujours loin de Paris. L'action de « Que la bête meure » se passe en Bretagne. Chabrol donne une vision positive des paysans. Ils sont accueillants et chaleureux, toujours prêts à offrir un coup à boire et à rendre service. Notre enquêteur est chanceux. Il rencontre la passagère de la voiture, une vedette de cinéma. Jouée par la ravissante Caroline Cellier, elle est émotionnellement instable, d'une grande beauté et loin d'être écervelée contrairement aux stéréotypes. Cette rencontre lui permet d'approcher le meurtrier...

Dans sa filmographie, Claude Chabrol a dressé un portrait féroce de la bourgeoisie. C'est encore le cas dans « Que la bête meure ». Le personnage principal arrive dans une immense maison provinciale, avec une décoration de mauvais goût et où les propriétaires ont des discussions ennuyeuses. C'est dans ce décor que Jean Yanne fait son apparition dans la deuxième moitié du film. Alors que l'on n'entend que sa voix criant des insanités derrière une porte, il paraît déjà méprisable. Son entrée crispe ses proches. Jean Yanne est époustouflant dans ce rôle de monstre. Petit à petit, on s'aperçoit qu'il est un père horrible et un mari abominable, les adjectifs négatifs ne manquent pas pour le qualifier. Il est alors impossible de ne pas prendre plaisir à haïr ce personnage. Son manque de sympathie n'engendre aucun remord à sa possible exécution, que ce soit pour le père ou pour le spectateur. Ce rôle a d'abord été proposé à Philippe Noiret qui a refusé le rôle. Il est difficile d’imaginer aujourd'hui un autre acteur que Jean Yanne qui est impressionnant.

Comme dans un bon nombre des films de Chabrol, qui était un fin gourmet, les scènes de repas sont alléchantes. Dans « Que la bête meure », une immense table remplie de victuailles donne l'eau à la bouche. Malheureusement, le personnage de Jean Yanne, par sa bêtise, vient gâche ce repas familial. La réalisation de Claude Chabrol apporte une tension qui monte jusqu'à la fin du film. L'histoire vous offrira des rebondissements originaux et une fin inattendue.

« Que la bête meure » attire un peu plus d'un million de spectateurs dans les salles obscures. L'année suivante, Claude Chabrol offre à Jean Yanne le rôle principal de son film « Le Boucher », le personnage du boucher qui tombe amoureux d'une institutrice, jouée par Stéphane Audran. Ils vivent tout deux dans un petit village dont le calme disparaît à la découverte du cadavre d'une petite fille, assassinée à coups de couteau.

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