Classics

Shining : Dans cet hôtel, nul ne vous entend crier

Par Pierre Delarra

"Shining", réalisé par Stanley Kubrick, constitue depuis plus de 40 ans une oeuvre de référence. Elle est notamment incarnée par un Jack Nicholson alors au sommet de son art. Retour sur un véritable film-culte.

Le personnage central de "Shining" est Jack Torrance. Il est un écrivain, alcoolique en rémission, qui accepte un poste de gardien avec sa famille, en plein hiver, dans l’hôtel isolé et désert « Overlook ». Ce dernier est situé dans les Rocheuses au Colorado. Danny, son fils, est doué de capacités psychiques "brillantes" qui lui permettent de voir dans le passé horrible de l'hôtel. Le cuisinier de l'hôtel, Dick Hallorann (Scatman Crothers), a également cette capacité et il est capable de communiquer avec Danny par télépathie.

L'hôtel avait un gardien d'hiver précédent qui est devenu fou. Il a tué sa famille et s’est suicidé. Après une tempête hivernale, la santé mentale de Jack se détériore en raison de l'influence des forces surnaturelles qui habitent l'hôtel. Ces forces mettent sa femme et son fils en danger. Il découvre les terribles secrets de l’hôtel. Jack bascule peu à peu dans une forme de folie meurtrière au point de s’en prendre à sa propre famille.

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Jack Nicholson

Qu’y a-t-il d’horrible que de raconter les peurs et les horreurs des rêves de l’enfance ? C’est le réceptacle des volontés et des envies. La folie ne nous appartient pas. Nous pouvons la saisir sans pour autant la comprendre. On n’a pas le droit d’avoir peur au quotidien, tous les jours. Toutefois, on prend celui d’être effrayé, terrifié pendant une heure et demie dans une salle sombre de cinéma. Le fauteuil de celle-ci devenant notre chambre d’enfant : "Ils sont les génies de nos nuits mais par-delà de nos jours aussi"... voilà les propos de l’américain John Carpenter qui vont si bien à notre britannique Stanley Kubrick.

Alors, avec "Shining", Stanley Kubrick, comme à son habitude, transcende cette idée du film d’horreur et du film fantastique. Chacune de ses oeuvres projette l’essence même de ses sujets : le péplum avec "Spartacus"; l’histoire éclairée des Lumières avec "Barry Lyndon"; la déraison dans "Orange Mécanique"; l’idée de Dieu dans "2001, l’Odyssée de l’Espace"; la guerre du Viêt-Nam dans "Full Metal Jacket"; la complexité des relations de couple dans "Eyes Wide Shut". Ce dernier s'apparentant tel un vieil écho des râles de "Shining". Kubrick aura réussi à chaque fois à établir une sorte de mètre-étalon pour chacun de ces genres. Comme si ses propres questionnements étaient devenus nos impératifs.

Les fantômes de l’hôtel « Overlook », les personnages et les choses n’existent que dans l’imaginaire et dans les imaginations de Jack. Ce dernier veut retrouver son âme d’enfant. Cette force intangible qui le propulse dans ses envies et ses cauchemars. Il veut être « L’Enfant Lumière ». Pour se faire, il doit se protéger dans cet immense hôtel « Overlook » avec ses habitants et ses fantômes. Peut-être cette jolie femme sortant de son bain pour devenir cette vieille femme à la peau brulée inconsciente de son état ? Ces deux petites jumelles, Lisa et Louise, issues des imminentes éclaboussures de sang surgissant de ce couloir et de cet ascenseur ? Jack va vite devenir cette bête fauve, celui qui se cache dans l’antre de la folie, « L’enfant de Lumière » sera son contre-type.

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Alors il faut fuir ! Le metteur en scène, jamais avare de nouveautés, fera de sa caméra, un mouvement extrêmement fluide et tellement complexe créé par le « Steadycam ». Kubrick est un horloger. Un mécanicien qui ausculte, pas à pas, plan après plan, chaque mouvement de ses horloges si bien huilées. Le spectateur ne pourra jamais échapper à cette ivresse cinématographique. Cette ivresse est aussi celle du miroir. En effet, chaque idée est doublée, dédoublée par les images dont l’idée générique est sans doute signifiée par « REDRUM » l’envers de « MURDER ».

Bien sûr pouvions nous oublier l’implication de Monsieur Stephen King dans "Shining" ? Tel un roi, il nous apprend, best-seller après best-seller, les hymnes de la symphonie de l’horreur. Lui aussi est un mécanicien nous offrant tant d’affres sanguinaires… Stanley Kubrick aura réalisé et produit peu de films, certes, mais lesquels ont profondément marqué l'histoire du cinéma ! Sachons apprécier, avec les plus grandes mesures, les exploits de sa filmographie. Cher Maître, merci de nous avoir emmener dans les antres de la folie avec "Shining".

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