21 janvier 2021
Classics

Shining : Dans cet hôtel, nul ne vous entend crier

Par Pierre Delarra

Actuellement proposé par Netflix, "Shining", réalisé par Stanley Kubrick constitue depuis plus de 40 ans une oeuvre de référence incarnée par un Jack Nicholson alors au sommet de son art. Retour sur un véritable film-culte.

Le personnage central de "Shining" est Jack Torrance, écrivain en herbe, alcoolique en rémission qui accepte un poste de gardien avec sa famille, en plein hiver, dans l’hôtel isolé et désert « Overlook » situé dans les Rocheuses au Colorado. Danny est doué de capacités psychiques "brillantes" qui lui permettent de voir dans le passé horrible de l'hôtel. Le cuisinier de l'hôtel, Dick Hallorann (Scatman Crothers), a également cette capacité et il est capable de communiquer avec Danny par télépathie. L'hôtel avait un gardien d'hiver précédent qui est devenu fou et a tué sa famille et s’est suicidé. Après une tempête hivernale, la santé mentale de Jack se détériore en raison de l'influence des forces surnaturelles qui habitent l'hôtel, mettant sa femme et son fils en danger. Il découvre les terribles secrets de l’hôtel et bascule peu à peu dans une forme de folie meurtrière et s’en prend à sa propre famille.

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Jack Nicholson

Qu’y a-t-il d’horrible que de raconter les peurs et les horreurs des rêves de l’enfance ; c’est le réceptacle des volontés et des envies. La folie ne nous appartient pas mais nous pouvons la saisir sans pour autant la comprendre… On n’a pas le droit d’avoir peur au quotidien, tous les jours ; mais on prend le droit d’être effrayé, terrifié pendant une heure et demie dans une salle sombre de cinéma, le fauteuil de celle-ci devenant notre chambre d’enfant : "Ils sont les génies de nos nuits mais par-delà de nos jours aussi"... voilà les propos de l’américain John Carpenter qui vont si bien à notre britannique Stanley Kubrick…

Alors, avec "Shining", Stanley Kubrick, comme à son habitude transcende cette idée du film d’horreur et du film fantastique. Chacun de ses films projette l’essence même de ses sujets : le péplum avec "Spartacus", l’histoire éclairée des Lumières avec "Barry Lyndon" dont nous avions déjà évoqué l’épopée dans les lignes du Quotidien du Cinéma, mais aussi de la déraison de "Orange Mécanique", de l’idée de Dieu de "2001, l’Odyssée de l’Espace" ou de la guerre du Viêt-Nam de "Full Metal Jacket", et encore, mais aussi, des complexités des relations de couple de "Eyes Wide Shut" comme un vieil écho des râles de "Shining". Kubrick aura réussi à chaque fois d’établir l’étalon de chacun de ces genres, qui venant de ses propres questionnements sont devenus nos impératifs.

Les fantômes de l’hôtel « Overlook », les personnages et les choses n’existent que dans l’imaginaire et dans les imaginations de Jack. Car Jack veut retrouver son âme d’enfant, cette force intangible qui le propulse dans ses envies et ses cauchemars. Il veut être « L’Enfant Lumière » et pour se faire il doit se protéger dans cet immense hôtel « Overlook » avec ses habitants et ses fantômes… Non des moindres peut-être cette jolie femme sortant de son bain pour devenir cette vieille femme à la peau brulée inconsciente de son état et surtout de ces deux petites jumelles Lisa et Louise issues des imminentes éclaboussures de sang surgissant de ce couloir et de cet ascenseur. Il va vite devenir cette bête fauve, celui qui se cache dans l’antre de la folie, « L’enfant de Lumière » sera son contre-type.

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Alors il faut fuir, et le metteur en scène, jamais avare de nouveautés, fera de sa caméra, un mouvement extrêmement fluide et tellement complexe créé par le « Steadycam ». Kubrick est un horloger, un mécanicien qui ausculte pas à pas, plan après plan, chaque mouvement de ses horloges si bien huilées et le spectateur ne pourra jamais échapper à cette ivresse cinématographique. Cette ivresse est aussi celle du miroir, car chaque idée est doublée, dédoublée par les images dont l’idée générique est sans doute signifiée par « REDRUM » l’envers de « MURDER ». Bien sûr pouvions nous oublier l’implication de Monsieur Stephen King dans "Shining" qui, tel un roi, nous apprend best-seller après best-seller les hymnes de la symphonie de l’horreur, ce mécanicien, lui aussi, de tant d’affres sanguinaires…

Stanley Kubrick aura réalisé et produit peu de films mais lesquels… Sachons apprécier avec les plus grandes mesures les exploits de sa filmographie. Cher Maître, merci de nous avoir emmener vers les antres de la folie avec "Shining".

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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