Classics

Terreur Extraterrestre : The Hills Have teeth

Par Pierre Tognetti

Si en ces temps obscurs nous combattons un vil ennemi microscopique venu de je ne sais ou, il fut un temps ou la terreur avait une forme et qu’elle venait du ciel, c'était l'époque de "Terreur Extraterrestre". 40 ans déjà !

De la fin des années 70 jusqu’au début des 80’s, suivre quatre jeunes citadins égarés a bord d’un van dans le trou du cul du sud des Etats-Unis, on savait depuis la famille Sawyer a quoi s’attendre. Avec ces « rendez-vous en terre inconnue », l’industrie prolixe de l’Exploitation movie n’avait pas pour vocation de dresser un pont culturel entre deux zones du monde. Aucune chance donc de croiser une humoriste taillant des pipes a des pygmées ou un aveugle chantant a dos d’éléphant sous le soleil de Sidney !

A cette époque les réalisateurs de ce cinéma avec un grand B, fournisseur officiel des Grindhouses et Drive-in états-uniens, et de nos chers vidéoclubs, jouent à fond la carte du sensationnalisme, destinée à un public avide de pulsions primitives. Celles de nos « putain quels nichons ! Waouh comment elle s’est fait décapitée ! Slurp ça saigne dur ! J’adore comment il fait le cochon ("L’amour est dans le prés" version 72) ». Mais, au fil des kilomètres de péloche, le procédé s’effiloche et les décodages deviennent fastoches (cet instant poésie vous est offert par grand corps confiné).

Pourtant, parfois, au milieu des étagères, caché sous une jaquette ouvertement racoleuse, on pouvait tomber sur un boîtier Kinder, avec une belle surprise à l’intérieur. "Terreur extraterrestre" en fait partie. La scène introductive avec ces deux chasseurs sur des terres isolées laissait pourtant augurer d’une énième plouc fiction en mode slasher sachant slasher sans son chien. Une impression rapidement balayée par cet étrange mollusque volant transformé en sangsue une fois accroché a la gorge de cette bonne bouille de Cameron Mitchell. Un début en mode aorte sauvage qui va nous entraîner sur le terrain peu classique du survival hardcore en mode SF.

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L'ennemi...

C’est peu dire (car je l’affirme) que Greydon Clark a posé les bases du "Predator" de McTiernan qui atterrira sept ans plus tard dans une forêt d’Amérique centrale. De la dentition particulière des sangsues volantes, a la traque par un extraterrestre (les chasseurs devenant à leur tour des proies), jusqu aux corps suspendus comme des trophées, et confirmé par le mobile de l’E.T. (« il est venu sur terre pour chasser ») aucun doute n’est possible ! Pour les vraies et fausses sceptiques (…), on notera que sous la peau de la créature qui affrontera Schwarzi dans la jungle on retrouve ici, en Alien lanceur de sangsues, les 2 mètres 20 de Kevin Peter Hall (pas encore convaincus…).

Si Clark, faute de moyen, ne peut légitiment prétendre rivaliser avec la sophistication du Monster Horror en mode SF de McTiernan (…alors j’insiste), il assume parfaitement son poste de tâcheron du genre en livrant une bonne série B, avec peu d’argent (150.000 dollars), mais beaucoup d’ingéniosité. Si ce statut exige une dramaturgie simplifiée, on a droit en retour à une sympathique leçon de cinéma multi Genres. Car Greydon Clark navigue dans la redneckesploitation (les ploucs, la notion de terreur isolée), la SF, le slasher ( les sangsues extraterrestres perforent les corps…), le gore (…et ça saigne), le survival, le rape and revenge (les ados reviennent pour venger leurs potes)… pour un long-métrage qui se déplie comme un véritable couteau suisse.

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Jack Palance

Une des nombreuses surprises de "Terreur extraterrestre" se trouve du côté de son incroyable casting, à faire pâlir de jalousie les Roger Corman et autre lloyd kaufman, rois des petits budgets et des castings amateurs. Si le viking Cameron Mitchell fait une apparition rapide, le duo Jack Palance et Martin Landau fait largement le boulot au point de donner une épaisseur dans leurs interprétations assez rare dans ce type de production, pour être ici souligné.

Le premier, avec sa bonne bouille d’indien, incarne un cul terreux coriace, bien décidé à défendre son territoire et à rajouter une tête d’Alien dans sa salle de trophée entre celle d’un cerf et d’un sanglier. Landau est un vétéran complètement « possédé » par sa guerre contre l’envahisseur, à tel point que le gars voit des vietcongs partout. Un jeu ou son long visage mutique agité par quelques froncements de sourcils fait fureur, a l’occasion de scènes cocasses voir fendardes. Comme la tête qu’il prend en écoutant avec sérieux et candeur, l’ado qu’il pense être un extra terrestre, et qui lui explique (pour pouvoir s’échapper) la stratégie qui serait adoptée par les envahisseurs : bidonnant ! Landau surprend la ou on l’attend le moins en faisant du second degré dans de la seconde zone: épatant d’autodérision !

A noter la présence subsidiaire du sérial killer névrotique du "Crocodile de la mort" (Tobe Hooper) Neville Brand, une apparition éclair dans le bar a redneck. Sans oublier Sue Ann Langdon (L’homme a tout faire) et l’« experte » apparition du alors tout jeune David Caruso.

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Martin Landau bien loin de Cosmos 1999...

Au final on a droit à une Bisserie véritablement OFNIesque, pour l’opus de "Predator" qu’il restera (même lourdement, j’insiste!), mais également pour sa réalisation brute, avec des plans simples en 35 mm, des mouvements de steadyCam à l’épaule, histoire de laisser vivre l’intrigue au corps et sans subterfuges. Les effets spéciaux « a l’ancienne », même avec des sangsues volantes à la "Ed Wood" (une ficelle parfaitement visible) sont très respectables remises dans l’époque (avec juste un budget ficelle), la vision du sang et des corps endommagés fonctionnant encore fort bien. Le passage avec les ados dans la maison désertée, coté tension, faisant même du pied a un certain "Psychose".

Au final, ce spectacle de pur divertissement rempli haut la main son cahier des charges et on ne s’ennuie jamais avec cette version déjantée de "Rencontres du troisième type" (Steven Spielberg, 1977) au pays des ploucs. Dans les must have de l’horror movie en mode « adjust your tracking », ce "Terreur extraterrestre" est aujourd’hui disponible dans toutes les bonnes boucheries au rayon : « Aiguise-moi ça ! » (Je sais, mais quand j’insiste, j’insiste !).

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