28 septembre 2021
Classics

The King Of New York : La rédemption de l’ange

Par Pierre Delarra

PREAMBULE

Avec "The King of New York", Abel Ferrara (Bad Lieutenant) réalise un polar urbain magistral, sorte de croisement funèbre entre opéra et culture gangsta. Flics et voyous s’affrontent autour d’un Christopher Walken possédé et épaulé par un casting de luxe réunissant David Caruso, Laurence Fishburne, Wesley Snipes ou encore Steve Buscemi. Disponible dans sa nouvelle restauration en 4K Ultra HD™ et Blu-ray™ proposée par Carlotta Films à compter du 8 septembre.

SYNOPSIS

Frank White (Christopher Walken), un parrain du trafic de la drogue, sort de la prison de Sing Sing dans une limousine après y avoir passé cinq ans pour trafic de drogue. Emilio El Zapa, un trafiquant colombien, est abattu dans une cabine téléphonique. Un des tueurs laisse sur le cadavre le journal du jour avec en premier titre l'annonce de la libération de Frank. De l'autre côté de la ville, le Roi Tito est dans une chambre d'hôtel avec Jimmy Jump (Laurence Fishburne) et Test Tube (Steve Buscemi), en train de négocier l'achat de cocaïne. Jimmy et Test abattent Tito et ses gardes du corps et volent la drogue.

Plus tard, dans une suite du Plaza Hotel, accompagné de ses deux groupies Raye et Mélanie (Carrie Nygren), Frank est félicité par Jimmy, Test Tube et d'autres membres du gang qui l'accueillent avec du champagne et un attaché-case rempli d'argent. Frank les quitte en compagnie de deux de ses avocats, Joey Dalesio (Paul Calderón) et Jennifer (Janet Julian) pour dîner.

Frank exprime son désir de devenir maire de la ville et demande à Dalesio d'organiser une réunion avec un parrain de la mafia, Arty Clay (Frank Gio). Lui et Jennifer sortent et s'engouffrent dans le métro. Confrontés à trois agresseurs, Frank les menace de son revolver, leur donne une liasse de billets et leur dit de le retrouver au Plaza Hôtel, QG de Frank, s'ils veulent travailler.

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LE FILM

Abel Ferrara, 70 ans, auteur de 29 longs métrages est natif de New York, il n’est pas à son premier coup d’essai et initie, avec l’adaptation du scénario de son ami de toujours Nicolas Saint Jean, "King of New York", bien des nouveautés tant visuelles, musicales et sonores tout en portant un regard neuf et particulier sur son décor : Big Apple.

Des options visuelles en opposition, en voici quelques exemples : Abel Ferrara utilise, pour ses décors extérieurs et studios, essentiellement deux couleurs. L’oranger, pour les scènes de l’Hôtel Plaza, qui fait émerger la sensualité de la relation entre Frank et ses femmes colonelles, des scènes de chuchotements et des scènes d’amour. Le bleu qui viendra éclairer les scènes du repère du gang de Frank, permettant d’évoquer crûment et cruellement la violence des meurtres et des carnages.

Pour sa bande-sonore Abel Ferrara réussit l’exploit de négocier avec le rappeur Schooly D, artiste que tout le monde connait à New York, mais que personne n’a jamais vu. Il met un point d’orgue à magnifier ses arrangements et, par-delà, à glorifier la musique du milieu Underground Rap et Hip-Hop. Il sera secondé par le rappeur Hip-Hop ZZG2. Le résultat est détonnant propulsant les scènes d’action, notamment celle du Gun Fight Car, à un paroxysme rarement rencontré. Les décors réels magnifient la vision du réalisateur et New York devient une pomme pourrissante, un New York grouillant, vicié, monstrueux à l’instar de la vision du New York de Martin Scorcese et de son "Taxi Driver".

Que dire du casting ? Hors-normes ! Avec, comme figure de proue, l’incroyable Christopher Walken. Les deux hommes tourneront ensemble quatre films et non des moindres : "King of New York", "Nos Funérailles", "The Addiction" et "New Rose Hôtel". C’est, bien sûr, le premier opus qui porte Christophe Walken vers l’excellence, l’idée et le sens même du drame. Le cinéaste utilise à merveille les multiples palettes des compositions de l’acteur. Tel est également le cas pour Laurence Fishburne, grand et massif gaillard, second de Walken dans le film, que nous avions déjà croisés dans "Apocalypse Now", puis imposant son jeu d’acteur impressionnant dans la trilogie "Matrix".

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Pour les trois flics, David Caruso mène le bal. Le rouquin, au regard aussi profond qu’inquiétant, donne une partition de flic capable de tout et de passer outre la loi. Wesley Snipes, flic intègre un temps, qui deviendra tout aussi fou que son collègue Caruso et, enfin, Victor Argo, le chef du trio, grand comédien charismatique est l’homme sensible et malade qui porte le coup de grâce à Frank White. On aura bien compris que les comédiennes ne sont pas vraiment à l’honneur dans cette fête de Bad Boys, reléguées aux bordels, à la chaire de plumards. Cependant, notons le beau rôle de Janet Julian dans le rôle de la régulière de Frank.

Revenons maintenant à son personnage. Dès son départ de prison, il reste prisonnier de sa propre vie. White est un personnage pour le moins shakespearien, voué à l’échec et ne sera que l’acteur de sa propre perte. Il lui est impossible d’arriver à concrétiser ses rêves, espoirs et volontés. Il demeure et demeurera un tueur et les tueurs sont condamnés à tuer et à être tués. Sa seule chimère est peut-être une conscience mystique que seule la rédemption pourra sauver. Cette dernière, magnifiquement incarnée dans les deux plans d’une miniature en céramique de la Vierge et dans l’incarnation du Saint Michel, posée sur le tableau de bord du taxi funèbre où il meurt le visage perdu et oubliant, sa main sur son arme à feu.

Aussi culte que "Scarface", "The King of New York" est un portrait fantasmé du monde criminel et l’une des œuvres les plus accomplies de Ferrara. A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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A PROPOS DE L'EDITION EN ULTRA HD 4K ET DU BLURAY

LES SUPPLÉMENTS

- POSSESSION (28 mn – HD)
Un entretien avec Abel Ferrara dirigé par Nicole Brenez – historienne du cinéma et auteure de plusieurs ouvrages sur le cinéaste – autour de la réalisation de "The King of New York", de ses enjeux cinématographiques et de sa place au sein de la culture urbaine américaine.

- ENTRETIEN AVEC AUGUSTO CAMINITO (20 mn)
Le producteur de "The King of New York" revient sur la genèse et le tournage du film, ainsi que sa rencontre avec Abel Ferrara et Christopher Walken.

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