24 septembre 2021
Classics

Un Mauvais Fils de Claude Sautet

Par Dorothée Durand

Avec la diffusion ce soir du film "Un Mauvais Fils" sur C8, voici l’occasion de revenir sur une œuvre majeure du réalisateur Claude Sautet. Après avoir illustré les films de gangsters dans les années soixante, puis avoir développé le thème de la bourgeoisie et de ses tracas dans les années 70 avec "Vincent, François, Paul et les autres..." par exemple, c’est en 1980 qu’il met en scène "Un Mauvais Fils" où il s’attarde cette fois-ci sur les relations entre un père et son fils dans le milieu ouvrier.

"Un Mauvais Fils", c’est l’histoire de Bruno Calgani qui est interprété par Patrick Dewaere. Un jeune garçon de retour en France après avoir passé cinq ans dans une prison aux Etats-Unis pour trafic de stupéfiant. Il souhaite se réinsérer dans la société, mais veut surtout renouer des liens avec son père. Or, ce dernier le rend responsable de la mort de sa mère.

Le changement est aussi radical que réussi dans les portraits que le réalisateur dépeint avec "Un Mauvais Fils" : un retour d’abord chaleureux, mais qui va vite devenir invivable. Claude Sautet parvient à mettre en scène avec justesse et intelligence des rapports père-fils, mais aussi dans la vision d’un fils qui va tout faire pour remonter la pente. Le portrait est beau, juste, malgré la difficulté de jouer entre affection et non-dit. Pour Claude Sautet il s’agit à nouveau d’imbriquer l’histoire intime et la peinture sociale d’une France impactée par la crise économique. Des manifestations figurent à plusieurs reprises en arrière-plan, le monde ouvrier que côtoie Bruno est celui des précaires qui enchainent les petits boulots. Le héros est de ce point de vue symptomatique d’un pays où le chômage frappe. Les lieux participent à l’ambiance déprimante. Un bar citadin où l’on s’oublie dans la boisson et le flipper. Des appartements petits et grands, dont les mornes couleurs sont le reflet des personnages qui les habitent. La belle partition composée par Philippe Sarde est à l’avenant, mélancolique.

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Patrick Dewaere et Yves Robert

Claude Sautet se montre à nouveau inspiré et juste. Trouvant toujours le bon plan et sachant faire passer les émotions par les gestes, non-dits ou regards qui en disent bien plus que n’importe quel mot. Sa manière de filmer, de décrire ses personnages, tout en nuance, en subtilité, et toujours avec une patte unique dans le cinéma français. Les sentiments sont en permanence au cœur du récit, sublimés par le réalisateur qui nous les fait vivre et donnant par la même occasion une dimension forte, sensible et dramatique à son œuvre.

De nombreuses séquences sont ainsi mémorables à l’image d’un Dewaere respirant la joie de vivre, ainsi que quelques face à face entre lui et son père. Il se dégage de "Un Mauvais Fils" un incroyable sentiment de bienveillance, tant l’empathie que Claude Sautet porte à ses personnages s’impose telle une évidence. Outre Patrick Dewaere, les autres acteurs y sont excellents. Yves Robert impose toute sa prestance; Brigitte Fossey se révèle touchante et fragile; Jacques Dufilho y trouve un de ses plus grands rôles (son monologue face à Patrick Dewaere est mémorable). Il obtiendra le César du meilleur acteur pour un second rôle, prouvant ainsi qu’il était bien plus qu’un simple amuseur.

"Un Mauvais Fils" est une merveille, avec ses personnages sincères dans leurs désarrois pathétiques !  Certes, le rythme est très lent, mais il faut du temps pour décortiquer les rapports humains. "Un Mauvais Fils" se décline ainsi en plusieurs portrait d’individus en mal de vivre, perdus dans une société en plein marasme qui favorise leurs isolements respectifs.

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