Classics

Vincent, François, Paul… et les autres : Les amis de Claude

Par Pierre Delarra

On joue tous une comédie familiale qui nous est propre comme une litanie, celle de nos frères, nos sœurs, parents, oncles et tantes. L’histoire de nos familles de nos amis aussi, cette histoire simple celle de nos amitiés devient la nôtre car elle est en nous. Alors "Vincent, François, Paul… et les autres" (actuellement disponible sur Netflix), c’est vous, c’est nous comme une sorte d’injonction intemporelle qui nous transcende au plus profond de nous-même. Elle nous appartient.

Vincent est un chef d’entreprise confronté à des difficultés financières et sentimentales, François, un médecin qui a perdu ses convictions, Paul un auteur en mal d’inspiration. Ils sont amis, confrontés ensemble aux aléas de la vie et au passage du cap de la cinquantaine, de ses joies et de ses peines. Ils font face à leurs doutes, à leurs échecs mais se raccrochent à leur unité, leur indéfectible amitié.

Peut-on se remémorer ces années 70, ces années qui promettaient tant ; ces dernières années des 30 glorieuses bien vite oubliées, celle ou l’on pouvait boire et fumer sans vergogne et de dire : « Patron je paierais plus tard ! ». Pour se faire Vincent, François et Paul ont une bonne rhétorique celle d’aller à la campagne et Vincent de rappeler : « vous reprendrez bien un petit Condrieu ! » Tout est dit. Oui avec Claude Sautet on aime s’attabler, être côte à côte, se servir à bonne fourchette… Sautet aime à se remémorer ces repas de dimanche avec Lino Ventura et Yves Robert, et ce petit rouge qui fait tout passer, celles des dimanches où on a oublié d’aller à l’église ; ces dimanches repus qui durent tout l’après midi et puis, à la fin, le ballet de voiture, car il faut bien rentrer à la maison. "Vincent, François, Paul… et les autres", c’est notre histoire, ce reliquat des moments rêvés d’une insouciante adolescence, celle des années Giscard qui nous narguent tant et celle que l’on ne veut pas oublier.

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Bien sûr François s’emporte avec son gigot et son « Je vous emmerde ! », car il veut changer sa vie et la vie. Quel acteur ! Quels acteurs ! Montand, Piccoli et Reggiani et les autres, ces hommes s’affrontent comme ils s’aiment avec leurs rancœurs comme avec leurs volontés. Ils sont à rire comme à pleurer. Et que dire des femmes : Marie Dubois est solaire et Stéphane Audran toujours aussi discrète et paradoxalement présente. Elles sont, à elles deux, le mécanisme d’une horloge réglée pour ce film. Si "Vincent, François, Paul… et les autres" est un film d’homme, il est dirigé par les femmes. Pas de doute ! Claude Sautet aura, à notre humble avis, réalisé avant l’heure la libération de la femme (et cela correspond tellement au contexte de la France des années 70). Pensons de même aux seconds rôles de Ludmila Mikaël par exemple, ceux qui tiennent originellement les ficelles du drame.

Toutefois, revenons sur la carrière de Claude Sautet : il est un peu comme Jean Renoir, si tout le monde n’est pas parfait, tous trouvent ses propres raisons : Montand de dire : « … Je n’y peux rien et vous non plus. », Claude Sautet est toujours précis, il a débuté comme dialoguiste, l’amour des répliques et l’amour des phrases, indéfectible. Alors l’horloger a des minutes à confier et non des moindres ; Il y a deux mondes dans le cinéma de Claude Sautet : un monde dirigé par la bourgeoisie, non pas celle hautaine mais la bourgeoisie classique, celle des dirigeants et des cadres. Cette tendance est plutôt réactionnaire, plutôt de droite, dans le cadre de laquelle les personnages n’ont d’autre souci que celui des bourgeois : avoir une maison de campagne. C’est l’idée même de "Vincent, François, Paul… et les autres" qui fait presque écho aux "Choses de la Vie" où le but de Montand est de retrouver son amour adultère avec une voiture de sport rutilante. Mais, il y a aussi dans le cinéma de Claude Sautet un monde ouvrier, plutôt à gauche, avec "Un Mauvais Fils" ou bien avec "Max et les Ferrailleurs", film où les personnages ne savent que faire de leur vie ou tout simplement essaient de lui donner un sens.

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A ses débuts Sautet avait des idées politiques proches du parti communiste français, réactionnaire mais de gauche cette fois. Avec Claude Sautet, c’est l’émergence d’un cinéma social, bien trop absent de notre cinéma français d’aujourd’hui. Alors "Vincent, François, Paul…et les autres" prend toute sa force dans ce tourbillon d’amitié sans cesse renouvelé.

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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