21 janvier 2022
Classics

Vivement dimanche ! : Les jambes du soupirail

Par Pierre Delarra

Agent immobilier sans histoire, Julien Vercel (Jean Louis Trintignant) voit sa vie basculer du jour au lendemain quand son épouse et l’amant de celle-ci sont assassinés. Suspecté par la police, Julien se cache dans son arrière-boutique. Barbara (Fanny Ardant), sa secrétaire décide de mener l’enquête pour innocenter Julien dont elle est secrètement amoureuse. Ses investigations la mènent sur différentes pistes dont certaines se révèlent particulièrement dangereuses.

"Vivement Dimanche !" (que l'on peut revoir actuellement sur Netflix) est le dernier film de François Truffaut ! Pouvions nous imaginer un seul instant qu’il serait terrassé par une saloperie de tumeur au cerveau ? Non pas. A 52 ans il nous laissait alors 22 films, réalisés et produit entre 1959 et 1983. Cette carrière pourrait être résumée en quelques idées : L’éloquence, les mots et l’image. L’éloquence de Antoine Doinel. Les bons mots de "Baisers Volés". L’image des jambes de Fanny Ardant dans "Vivement Dimanche !". Tout comme Delphine Seyrig, Fanny Ardant a une voix, une voix toute particulière, rauque, douce et suave, évanescente, presque irréelle. Tel un petit menuet naissant au sein d’une cathédrale. Peut-on terrasser quelqu’un avec une tour Eiffel ? Eh bien oui ! Fanny Ardant réussit cet exploit !

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Nous avons affaire dans "Vivement Dimanche !" à deux grands comédiens : Jean-Louis Trintignant et Fanny Ardant. Et que dire des seconds rôles ? Jugez plutôt avec Jean-Pierre Kalfon (l’abbé Masssoulier, le frère de la première victime), le magnifique Jean-Louis Richard (Louison, patron du cabaret), l’étonnant Philippe Laudenbach (Maître Clement) et Philippe Mornier-Genoud (le commissaire de police). Il faut prendre "Vivement Dimanche !" au second degré. Ce film est-il un hommage au film noir ? Un profond respect à Alfred Hitchcock et à Jimmy Stewart ? Une lumineuse idée qui fait de Fanny Ardant une évocation appuyée de Ava Gardner ? L’amour ne se conçoit pas. Il est un tout.

François Truffaut nous a toujours averti. Il faut aller vite, tout faire et ne pas perdre de temps. La vie est trop courte. En cela il avait bien raison, car tout peut s’arrêter d’un coup net. Alors il faut courir et ne pas s’arrêter et nous pouvons rappeler sans ambages : les films avancent vite ! Vite comme des trains dans la nuit. Pas d’arrêt. Pas de temps morts. C’est peut-être à cette fin que François Truffaut montre systématiquement des jambes en marche. Dans "Vivement Dimanche !" celles belles et grandes de Fanny Ardant devant un soupirail rappelant un bien bel hommage à "L’Homme qui aimait les femmes".

« Qui aime bien, châtie bien. » Jean-Louis Trintignant n’ignore rien des efforts faits par Fanny Ardant afin de résoudre l’affaire du double meurtre et de dire « Parce que vous êtes une gourde » suivi de l’étreinte d’un baiser passionné. Quel sera l’avenir de ce nouveau couple ? Peut être faut-il lire ou relire le roman de Charles Williams, « Confidentially Yours », pour connaître le fin mot de l’histoire. Cependant, gardons-nous de cela et restons fidèle à cette admirable adaptation de François Truffaut et à ce merveilleux couple que forment Fanny Ardant et Jean-Louis Trintignant.

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Un ultime mot concernant l’équipe technique du film. La véritable famille Truffaut depuis "La Nuit Américaine" : à la photo : Néstor Almendros; au montage l’excellente Martine Barraqué; à la musique l’incontournable Georges Delerue; au scénario l’incollable Suzanne Shiffman. Alors mélangez tous ces talents et vous obtenez un véritable petit chef-d’œuvre.

Oui, Monsieur François Truffaut ! Nous aurions aimé voir tant d’autres films encore...

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