17 septembre 2021
Classics

Voyage au bout de l’enfer : God bless America

Par Pierre Delarra

 

1978, quelle année ! cette décennie aura vu les plus belles des productions, les jeunes et moins jeunes verront se succéder sur les toiles "Halloween" de John Carpenter, "Midnight Express" d'Alan Parker, "Superman", réalisé par Richard Donner, mais aussi "Alien", film fétiche de Ridley Scott, sans oublier, bien sûr, le film de notre conversation du moment et diffusé sur TCM : "Voyage au bout de l'enfer". Très belle année que celle-ci et juste après, comme un dernier coup de dague, l’uppercut inattendu avec "Apocalypse Now", suivi, quelques années plus tard, de l’inoubliable "E.T." de notre cher Steven Spielberg.

Mais revenons au cancer qui ronge l’Amérique : le Viêt-Nam. Non, "Voyage au bout de l'enfer" n’est pas un film sur le conflit du Viêt-Nam mais une introspection de l’Amérique, le vrai cancer : celui du chômage, de l’oubli ; ce qui a fait sa fierté : la production automobile et la sidérurgie, faire et construire. L’Amérique de Jimmy Carter sera balayée par celle de Ronald Reagan, ce comédien de basse catégorie prendra les rênes de la première puissance mondiale, jusqu’à nous faire tourner la tête et nos esprits au bord des ICBM et des SS 20, ce que nous pensions inéluctable, la Troisième et Dernière Guerre mondiale. Heureusement l’Amérique a dérapé et s’est échoué, non pas sur la baie des Cochons, mais sur les ressacs des Caraïbes et des affres de la cocaïne. Quelle fut cette histoire ?

1968. Quatre amis, Michael (Robert de Niro), Nike (Christopher Walken), Steven (John Savage) et Stan (John Cazale) travaillent dans l’aciérie de la petite ville de Clairton, Pennsylvanie. Unis par un travail éprouvant, les quatre hommes forment une bande très liée. La vie suit son cours dans ce bourg d’immigrés russes où les histoires d’amour vont bon train : Steven épouse Angela (Rutanya Alda), bien que celle-ci soit enceinte d’un autre, tandis que Nick flirte avec Linda (Meryl Streep), laquelle semble quelque peu troubler Mike. Toutefois, cette tranquillité est rattrapée par la lointaine guerre du Viêt-Nam lorsque Mike, Steve et Nick sont mobilisés pour partir au combat. L’expérience traumatisante du conflit va alors considérablement bouleverser leurs rapports une fois rentrés au pays.

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Alors pouvons-nous être les dignes suiveurs des copains imaginés par Michael Cimino, suivre sans cesse la Chevrolet blanche Impala 1959 de Michael, d’aller à la chasse et de viser et tirer un cerf sans un instant trembler ? Cette partie de chasse entre un homme et un animal deviendra la matrice du duel à la roulette russe entre Michael et Nick dans les bas-fonds de Saïgon. Et il y a le retour au pays, la scène finale du film est tout simplement magistrale et majestueuse. On retrouve, après l’enterrement de Nike, toute l’équipe autour de la table des funérailles où on dit des banalités en parlant de rien, de tout. Tout est dans le ressentit, par l’absence de Nike, cette famille, ses amis doivent tourner la page de leur histoire tout comme l’Amérique doit se purger de cette horrible période de la fracassante épopée du Viêt-Nam. Les plans de cette dernière scène dans  "Voyage au bout de l'enfer" sont comme des portraits musicalement soutenue par la chanson évocatrice de « God Bless America ».

Quel metteur en scène peut se targuer, pour un film, d’avoir un tel casting ? Une distribution de rêve : C’est bien ce film qui autour de Robert de Niro lance la carrière de toute une génération d’acteurs : Meryl Streep, Christopher Walken et John Savage sans oublier bien sûr John Cazale qui ne verra pas le film, mort prématurément à 43 ans mais aussi des seconds rôles de Chuck Aspegren (Axel) et surtout George Dzundza (John). Et quelle avalanche de récompenses pour un film dénigré par la critique et boudé par le public : oscar du meilleur film, oscar du meilleur metteur en scène, du meilleur acteur dans un second rôle, meilleur montage et meilleur son… American Movie Awards, BAFTA Awards, Golden Globes…

Michael Cimino n’aura réalisé dans sa carrière cinématographique que 7 longs-métrages dont "Le Canardeur", "Voyage au Bout de l’Enfer", "La Porte du Paradis" ou "L’Année du Dragon", ces films auront placé le réalisateur au sommet de sa carrière tout en la détruisant, le bannissant pour toujours des portes de Hollywood. Les nababs des studios n’aiment pas les échecs et ces derniers le mettront en cause dans la banqueroute de « United Artists ». Michael Cimino ne s’en relèvera jamais et meurt à Los Angeles à l’âge de 77 ans. « …In the mountains, in the pariries…to the oceans with foam, God Bless America. »  « …Aux montagnes, aux prairies…aux océans de mousse, que Dieu Bénisse l’Amérique. »

A vos sodas, pop-corn et bonne projection !

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