24 juillet 2021
Courts-métrages

Talent(s) : Des difficultés naissent les petits miracles

Par François Bour


Le cinéma a acquis ses lettres de noblesse par les longs métrages. Aujourd’hui, les courts-métrages sont, pour autant, de plus en plus dans la lumière. "Talent(s)" est le dernier en date du jeune réalisateur Mickaël Vrignaud. L’occasion de constater que la réalité qui touche les réalisateurs connus touche aussi les projets de courts qui tentent malgré tout de se faire remarquer.

 

Au début de l’aventure, comment avez-vous fait pour passer à l’étape concrète du tournage de votre film ?

Pour ma part, j’ai créé une structure de production, une petite association pour faciliter les échanges. J’ai commencé à bosser sur "Talent(s)", il y a un an et demi. Alors bien sûr, il faut compter sur son réseau ou les réseaux sociaux pour trouver son équipe, mais dire que j’ai monté mon projet seul serait faux. Dans les Hauts de France, on a la chance d’avoir une structure comme Pictanovo. Non seulement ils sont très sympas, mais ils proposent différentes aides, de l’écriture du scénario au financement de ton film en passant par des tarifs très avantageux pour la location de matériel professionnel. C’est quelque chose qu’il n’y a pas dans toutes les régions et trouver des partenaires c’est important quand on n’a pas beaucoup de moyens pour réaliser.

Faire un court métrage dans le contexte actuel n’est quand même pas chose facile…

Initialement, le tournage de "Talent(s)" devait avoir lieu au mois de mai, mais je n’avais pas eu la possibilité de me préparer suffisamment donc je l’ai reporté à octobre. On a pu le tourner quinze jours avant le confinement. J’aurai eu beaucoup de mal à faire un tournage de 5 jours à cause du Covid. Cela complique tout en effet. C’est du stress, une sacrée organisation avec la présence obligatoire d’un référent Covid entre autres. On prie tous les jours pour qu’aucun des acteurs ne chope le Covid aussi. Au final, j’ai une chance, si je peux dire, c’est d’être contraint de tourner vite. Le tournage a finalement duré un jour et demi. J’ai découvert les mêmes joies que les professionnels lorsqu’ils tournent, tout le planning et les contraintes sanitaires qui vont avec. J’ai eu la chance de vraiment passer entre les gouttes.

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Mickaël Vrignaud

Quelle est l’histoire de votre film ?

On suit un mec qui essaie de faire un film, un court-métrage. Il le fait presque de la même manière que j’ai pu le faire et de la même manière que le font beaucoup de gens qui ont peu de moyens. Il s’entoure d’acteurs non professionnels et particulièrement incompétents, voire même chiants. Il est obligé de composer avec ça et lui-même, au final, est en train de réaliser un film qu’on devine au fur à mesure assez mauvais. Dans ce grand n’importe quoi, il arrive malgré tout des petits miracles, des bonnes surprises.

Au milieu de ce grand n’importe quoi, il y a l’utilisation d’une caméra super 8 que vous avez placée comme un élément clé de ton film. Pourquoi ce choix ?

Le Super 8 donne beaucoup de relief à "Talent(s)", cela amène une esthétique différente. Pour moi c’est la volonté de faire du Cinéma. J’aime bien la gueule que ça a à l’image. À vrai dire, j’aurais aimé tourner l’intégralité du film en Super 16 par exemple ou en 35. Les complications étaient trop nombreuses pour cela. Pour tourner en pellicule, il faut concrètement avoir quelqu’un qui maîtrise le format à côté. J’ai préféré assurer le coup en numérique. Ce n’est pas du vrai Super 8 en vérité c’est un effet réalisé en postproduction pour donner l’illusion du Super 8.

Vous évoquiez votre volonté de faire du Cinéma, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre vision ?

Quelle que soit la caméra que je veux utiliser, une Super 8 ou un iPhone, j’ai toujours en tête d’essayer de faire du cinéma. J’ai des images en tête, des images avec un certain grain j’ai une certaine couleur et un résultat qui a une certaine gueule. Selon moi, quand on fait du court-métrage, il faut toujours avoir au minimum l’ambition de faire un film de cinéma en fait et de faire quelque chose qui ressemble à ce que l’on regarde chez nous. Je regarde beaucoup de courts-métrages français et, à la base, j’ai l’impression que les réalisateurs et réalisatrices le font pour pouvoir faire un long derrière et se vendre auprès d’un producteur. On assiste à une proposition de deux mecs qui discutent dans une salle à manger. C’est assez banal, mais c’est propre, le travelling est parfait, la technique est au rendez-vous. Pas la notion de spectacle et c’est ce que je regrette très souvent. Moi j’ai tourné "Talent(s)" caméra à l’épaule, presque comme un faux documentaire. C’est très dépouillé, mais généreux à la fois.

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Vous qui êtes cinéphile, j’imagine que l’une des difficultés en réalisant votre court métrage, c’est de t’éloigner des références cinématographiques qui vous nourrissent…

C’est clair. Je pourrais être sujet à m’inspirer des films que je vois. On a tendance à s’imprégner de ce qu’on regarde. Si je regarde un film la veille du tournage je vais instinctivement tester des trucs qui ressemblent à ce que je viens de voir donc il faut essayer de s’en détacher. Sur "Talent(s)", c’était très très short, il fallait tourner vite dont je me suis dirigé vers un format très dépouillé qui m’empêchait d’avoir des ambitions débiles. J’ai voulu faire un truc beau, mais presque naturaliste. J’insiste sur le côté faux documentaire. Dans d’autres courts-métrages que j’ai faits, il y avait cette envie de montrer ce qu’on sait faire. On fait des plans-séquences dans tous les sens, on met de la musique comme des espèces de clips de 3 minutes à l’intérieur de l’histoire par exemple. C’est normal parce que quand on fait du court-métrage en a envie de faire tout le tour de son cinéma donc voilà, mais, mais voilà quoi j’ai effectivement moi je pourrais être sujet à papa et maman que sur "Talent(s)", je le répète, ce n’était pas possible, car trop compliqué.

Malgré toutes ces difficultés que vous avez pu rencontrer, vous présentez désormais votre au public et vous devez également le promouvoir. Comment se passe cette étape ?

Je commence à avoir des petites sélections dans des festivals. Tout ce qui est festival en ce moment c’est vraiment entre guillemets parce que la plupart sont devenus des Festivals online. Même de gros festivals de court-métrage qui ont une grosse réputation là concrètement c’est des plateformes. On upload notre film et puis balance partout sur les réseaux puis on attend, on regarde tous les jours de voir si on a des sélections, si on a gagné quelque chose. Je l’ai mis en ligne il y a quelques semaines seulement, je commence avoir des petites sélections et et j’y gagne deux trois petits prix, mais effectivement c’est un peu c’est un peu particulier.

Que conseilleriez-vous justement à ceux qui veulent se lancer dans la réalisation d’un court métrage ?

Ne pas faire comme moi déjà ! Un tournage comme le mien devait prendre une semaine, mais je fais une mission suicide. Avec un tournage d’une journée, mais une préparation monstrueuse, je n’ai pas dormi pendant des semaines à vrai dire. Pour autant, tout commence par une idée, puis vient vite l’étape du trop plein d’idées. Le plus dur au départ, c’est de trouver l’équilibre entre les moyens et l’histoire qu’on veut raconter. Par exemple, je sais que mes films sont trop longs pour la plupart des dossiers de financement de court métrage, je sais que faire appel à des figurants ça complique les choses, mais moi je le fais avant tout pour me faire plaisir, je me lâche et c’est d’ailleurs les deux conseils principaux que je donnerai : se lâcher et se faire plaisir. Surtout qu’avec les moyens d’aujourd’hui, on peut réaliser un film avec son téléphone...

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