28 février 2020
Critiques

007 – Spectre : L’ombre de lui-même

Après le succès unanime de "Skyfall", le moins qu'on puisse dire c'est qu'on attendait avec impatience "Spectre", la suite des aventures de 007, toujours sous les traits de Daniel Craig maintenant associé pour de bon à ce rôle mythique et sous la caméra de Sam Mendes. Les paris et les espoirs qu'on y plaçait n'étaient-ils pas trop élevés ? Si la réponse est non vous vous en tirerez l'esprit serein mais pour tous ceux qui attendait du grandiose, la déception sera amère.

Commençons notre petit tour d'horizon des ratés de "Spectre" par la scène d'ouverture qui semble avoir pris le parti de montrer beaucoup plus qu'elle n'offre réellement, en axant tout sur la mise en beauté (décors et costumes) que sur la scène d'action introductive. Le fait est qu'une scène d'ouverture de James Bond doit donner le ton afin que nous soyons parfaitement réceptifs au générique qui lui doit cristalliser toute l'esthétique et les enjeux sur un fond musical marquant, autant dire une mission complexe.

Le générique est ici difficile à critiquer et difficile à aimer, on a le droit à certaines images très belles qui sont la quintessence visuelle de l'esprit du film, et à la fois des images parfois ennuyeuses ou trop plates ou trop ressemblantes à d'autres déjà aperçues par le passé. Pour ce qui est de la musique au demeurant charmante prise indépendamment, les premières notes nous mettent en confiance pour ensuite nous malmener avec une inconstance stylistique et une voix de chanteur British geignarde ce qui est malvenu lorsqu'on aurait tendance à espérer une voix plus tonitruante pour porter cette lourde tâche. Femme ou homme l'interprète peu importe son timbre doit démontrer par le chant une force digne de notre agent secret préféré. Ce n'est ici pas le cas, à mon humble avis.

Pour ce qui est des interprètes féminines, je m'en veux de décevoir les curieux, mais il semblerait qu'ils aient poussé la bêtise au point d'inclure Monica Bellucci pour cinq malheureuses minutes où elle n'impacte le récit d'aucune manière significative (au moins dans "Matrix Reloaded" elle permettait la libération d'un prisonnier). Deuxième erreur fatale de casting, choisir pour James Bond Girl la pathétique Léa Seydoux qui soyons honnêtes ne rivalise de charisme qu'avec une huître, alors qu'on accorde même pas le respect d'un rôle décent à Monica Belluci !

Il convient de toute évidence pour le récit que la femme qui fait entrevoir à 007 un avenir possible en dehors de son univers soit jeune et fraîche, qu'elle soit le printemps de sa vie, mais par pitié rendez la irrémédiablement délicieuse (au passage on regrettera un manque total de nudité féminine ce qui pour une intrigue amoureuse si présente constitue un crime). Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose que des français s'exportent à l'international (même si en dernière instance ils ne constituent qu'une page "acteurs parlant français" dans les catalogues de casting aux USA, raison pour laquelle ils doivent toujours baragouiner dans notre langue à un moment ou un autre) mais je poserais la question de savoir si ce qu'on exporte à l'étranger est réellement ce qu'on a de mieux à offrir ?

Nous arrivons maintenant dans notre petit tour à l'avant dernière étape que sont les scènes d'actions, élément majeur d'un James Bond réussi, qui à l'image de la scène d'ouverture ont la fâcheuse tendance d'être ridiculement grandioses et intensément fades, que ce soit les courses poursuites ou les combats à défaut de mettre 007 en danger ne divertissent que très peu. On a la sensation désagréable que par manque de consistance réelle les scènes ont visé l'originalité et la surprise plutôt que la simplicité.

Un traitement assez plat et binaire à l'image des deux antagonistes principaux qui sont en réalité deux faces d'un même personnage qu'ils ont divisé. Ce qui faisait du méchant de Javier Bardem dans "Skyfall" (un peu à l'image de Bane dans "The Dark Knight Rises") une réussite était son alliage d'intellect et de force ce qui le plaçait sur un pied d'égalité avec Bond, rendant ainsi leur affrontement d'autant plus imprévisible et dantesque. Dans "007 Spectre", la principale menace posée n'est autre qu'une brute, un personnage unidimensionnel et sous développé tout juste bon à frapper fort et avoir l'air méchant, ce qui justifie donc le choix d'un catcheur pour l'incarner.

Nous voici au point culminant des manquements du film, le méchant et l'intrigue qui en étant à la fois deux aspects sont parfaitement consubstantiels. Le méchant avec un grand M, racine de tous les maux de James, introduit et présenté sous un jour mystérieux et déifié, à la tête d'une société secrète digne du Bilderberg, n'est en fait puissant à aucun moment (d'où le personnage de la brute). Totalement séparé d'une dimension physique, sa vilenie et sa cruauté ne s'exprime que de façon purement cérébrale, donnant lieu à une scène de torture et un climax sans incidence aucune sur 007.

Nous regrettons donc d'avoir rencontré celui à l'origine de tout pour réaliser qu'il n'est en rien l'égal de notre héros. Tout comme nous regrettons que l'intrigue, à l'image des derniers opus placés sous le signe de l'authenticité avec des enjeux réalistes basés sur les problématiques du monde d'aujourd'hui,  nous expose un ultra méchant et une société secrète dont la finalité est d'être des pions dans une guerre de l'information, quand bien même leur influence et leur anonymat ne semble rien nécessiter pour s'exercer et accomplir leur volonté.

Enfin nous déplorons un excès de références aux films précédents ce qui loin de surprendre nous empêche juste de considérer chaque opus comme une unité indépendante, car tout en créant une cohérence globale de l'univers, cela minimise l'importance de chaque histoire et affaiblit la portée des individus en complexifiant l'intrigue, sans pour autant grandir la force et l'ingéniosité du héros qui ne semble se battre que contre des nuisances passagères. Voilà pourquoi je suis profondément déçu, ce quatrième film de l'ère Daniel Craig place le compteur à un tour de force cinématographique et trois films moyens (minimisant le rôle du plus brillant d'entre eux).

Auteur :Chris Carlin
Tous nos contenus sur "007 - Spectre" Toutes les critiques de "Chris Carlin"

ça peut vous interesser

Bad Boys 3 : L’heure de la retraite a sonné

Rédaction

Replay – Les Aventuriers des Salles Obscures : 18 Janvier 2020

Rédaction

1917 : Une course en temps réel dans les tranchées

Rédaction