Critiques

10 Cloverfield Lane : Contentez-vous du teaser

Décidément, les productions J.J. Abrams ressemblent à s'y méprendre aux films réalisés par leur mécène : imparables pour éveiller l'intérêt et susciter le mystère à travers une campagne promo soigneusement orchestrée, hautement déceptifs dés lors que le résultat se révèle inapte à se mesurer aux promesses formulées en amont.

A l'instar de son prédécesseur avec lequel il n'entretient au final qu'une très hypothétique parenté, "10 Cloverfield Lane" peine en effet à honorer la singularité de son excellent teaser. Pourtant, il faut reconnaître au réalisateur Dan Trachtenberg une volonté louable de caractérisation en plaçant les émotions de ses personnages au centre de son dispositif, de façon à ne pas tomber dans l'exercice purement conceptuel. Ainsi, c'est véritablement le trauma de l'héroïne incarnée par l'excellente Mary Elizabeth Winstead qui est censé conférer sa cohérence organique à une œuvre qui ne se facilité pas la tâche en effectuant un grand-écart narratif aussi périlleux que ses ruptures de tons.

Malheureusement, passé l'efficacité d'une mise en place au cours de laquelle Trachtenberg se montre indéniablement doué à traduire la perte de repères de l'héroïne, le film se met très vite à annihiler ses effets en sacrifiant son pouvoir d'évocation à cette accessibilité hype et à peu de frais qui est justement la marque de fabrique du cinéma de J.J. Abrams. Et comme les films du papa d'"Alias", on marche sur les traces de Steven Spielberg (ici en ramenant l'Apocalypse à l'échelle de l'inconscient d'un personnage) sans respecter ses préceptes. Ainsi, le film semble s'arrêter de travailler le point vue de son héroïne au moment même où ses démons reprennent vie, notamment dans la figure d'ogre paternel joué par John Goodman, qui devient cruellement unidimensionnel en échouant à rebondir sur son ambivalence du début.

Renonçant à prendre en compte la géographie des lieux dans la conception de ses péripéties jusqu'à aligner les trous d'air dans la cohérence des réactions des protagonistes à l'approche du climax, "10 Cloverfield Lane" délaisse progressivement sa note d'intention sur l'autel d'un spectaculaire de connivence que Trachtenberg a bien du mal à s'approprier.

On passera sous silence à ce titre l'épilogue, véritable enchaînement d'errances scénographiques et d'invraisemblances scénaristiques (dont un emprunt pas piqué des vers à "La Guerre des Mondes" de Steven Spielberg), qui semblent révéler que personne ne savait vraiment comment terminer le film. Sinon en s'en remettant à ce cool amené n'importe comment si caractéristique du réalisateur de "Star Wars, Le Réveil de la Force", qui finit par vampiriser totalement l'identité d'une proposition de cinéma qui n'aura vécu que le temps de son teaser.
Auteur :Guillaume Meral
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