Critiques

10 Cloverfield Lane : Héroïne 2.0

Vous pensez que tout va bien, vous pensez être heureuse. Oui, vous êtes heureuse. Vous êtes amoureuse, donc la vie est belle. CQFD. Soudain, vient la dispute. Un nouveau désaccord. Sur une broutille comme d'habitude. Encore. Vous êtes amoureuse, mais réalisez enfin qu'aimer ça n'est pas ça. Aimer, ça n'est pas la mi-temps entre deux disputes. Vous vous décidez, même si ça fait mal, vous le quittez.

Vous prenez la route de nuit, vous fuyez, vous êtes fatiguée, vous roulez vers une nouvelle vie, les yeux embués (manque plus que la musique de "Psychose" quand Janet Leigh roule sans fin dans la nuit au début du film, vous vous dites). Vous verrez bien une fois arrivée ce que vous ferez ensuite. Puis le choc, la voiture dégommée, retournée dans le fossé. Et le réveil.

Vous êtes dans un bunker, attachée, enfermée. Pas de réseau sur votre smartphone. Un homme, inquiétant, ex-marine un brin paranoïaque (il a fait construire un bunker le type !), qui vous explique d'une voix caverneuse : l'accident, la jambe abîmée, les attaques chimiques, ou nucléaires, il ne sait pas trop, des aliens, pourquoi pas. La fin du monde. Rien que ça ! Il vous rassure, il n'est pas un serial killer, il est votre sauveur ! Et puis, d'ailleurs, vous n'êtes pas seule dans cette galère, il y a aussi Emmett, qui vous confirme tout, qui vous rassure. Mais au fond, vous vous demandez, et si Emmett était de mèche, et s'il était tordu, le cerveau de tout, d'une grande supercherie, d'une machination sordide à la "Saw" (1, 2, 3, 4, etc.). Vous ne savez même plus jusqu'où ils ont été !). Vous vous mettez à pleurer, vous regrettez, vous n'auriez jamais dû partir, vous maudissez Dieu, la vie (Veronica Mars avait raison, « Life is a bitch until you die »)...

Scrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrratchhh* (*bruit de vinyle qu'on stoppe - bon, okay c'est hyper mal imité...). Euh, en fait non, ça ne va pas, on refait l'histoire, là. Vous ne pleurez pas, vous n'y songez même pas ! Putain ! Vous êtes une héroïne 2.0, vous êtes une wonder woman des temps modernes, une féministe du XXIème siècle avec un p'tit côté badass. Dans une autre vie, vous avez été une cheerleader qui a mis en déroute un misogyne sadique ("Boulevard de la Mort"), une geekette dont l'amoureux défiait tous ses ex pour conquérir le cœur ("Scott Pilgrim"), vous avez même été la fille de John McLane ("Die Hard 4"). Alors, cette filiation, vous l'assumez !

Vous n'allez sûrement pas rester les bras croisés sur votre lit, soumise aux humeurs changeantes d'un John Goodman trop vénère de ne jamais avoir eu l'Oscar (jouer les seconds rôles, ça n'aide pas. Mais là, qu'il se rassure, il peut l'avoir maintenant !), qui se prend pour une version masculine de Kathy Bates dans "Misery" (sérieux quoi, y a des mecs il faut qu'il arrête de regarder certains films, après ça leur donne de ces idées).

Vous allez donc pendant plus d'une heure trente tenter le tout pour le tout pour sortir de ce bunker ! Quitte à crever asphyxiée par une bactérie tueuse dès que vous serez sortie ! Ouais, du coup, vous le savez, vous allez le faire flipper, le spectateur. Le pauvre, dans son siège, dans la salle de ciné surchauffée, il va carrément angoisser pour vous ! Il serrera super fort la main de son voisin quand vous tenterez des trucs de ouf, il soufflera de répit quand vous vous reposerez un peu pour ne pas éveiller les soupçons du soi-disant '"père de famille bien sous tout rapport qui ne se remet pas de la disparition de sa fille chérie". Parce que voilà, le spectateur, il n'en sait pas plus que vous sur ce qui se trame vraiment dedans. Ni dehors d'ailleurs. Et cette tension, qui va aller crescendo, il va se la prendre en pleine face !

Alors oui, vous allez sciemment mener à mal le spectateur avec votre côté casse-cou. Femme intrépide prête à tout pour avoir ce qu'elle veut. Mais vous vous en fichez que le spectateur frissonne à chacun de vos mouvements. Lui, il est confortablement installé devant le grand écran, tandis que vous, vous essayez de sauver vos fesses ! Tant pis pour lui, il n'avait qu'à rester chez lui ou allez voir "Marseille", s'il voulait être tranquille devant son film.

Et voilà que le lecteur, là, arrive, à petits pas, mine de rien. Il vous pose la question, genre innocemment : alors John Goodman c'est un saint ou un taré ? Dehors, c'est l'apocalypse ou votre mec vous recherche-t-il, en vain ? Vous souriez. Parce que la fin, maintenant, vous la connaissez mais vous ne direz rien. Enfin si, vous dites au lecteur d'aller se dépêcher en salle vous voir galérer, vous débattre pour sortir de cette mouise. "Allez le lecteur, bouge-toi, vas te prendre un gros coup d'adrénaline". Pire que des montagnes russes, vous rajoutez. Clair qu'il va voir peur pour vous, qu'il va flipper sa mère, mais vous le savez, il va en redemander ! Et qu'il n'oublie pas, vous êtes une killeuse, vous n'avez peur de rien ! Il est pas né celui qui vous mettra à terre !
Auteur :Karine Lebreton
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