18 octobre 2019
Critiques

12 Years A Slave : Un témoignage choc !

S'il est un thème que le cinéma américain aborde avec précaution et autour duquel il ne se hasarde que rarement, c'est bien l'esclavage. Pour un Spielberg et sa "Couleur Pourpre" ou son "Amistad" ou un Tarantino et son "Django Unchained"  pulp, combien de films ont embrassé le sujet avec force et vérité ? Pas suffisamment en tout cas pour que les histoires terribles que cette période historique a brassée aient été épuisées. Il n'est donc pas surprenant qu'un cinéaste comme Steve McQueen, qui en deux films, s'est forgée une réputation de metteur en scène jusqu'au-boutiste et sans concessions, plonge à bras le corps dans l'Histoire pour en ressortir un récit tétanisant, tiré d'une histoire vraie. Un film sec, dur et aride qui n'a pas peur d'appuyer là où ça fait mal, avec deux acteurs bouleversants. Un virage vers un cinéma plus populaire pour le cinéaste britannique, mais pas pour autant un film facile d'accès. Car le réalisateur ne choisit ,jamais  la simplicité et délivre un message solennel qui ne place jamais le spectateur dans une situation confortable.

La grande qualité de "12 years A Slave" est de ne jamais être un film moralisateur. Bien au contraire, la cruauté et la crudité de l'histoire ne nous épargne pas mais le récit ne nous place pas en juge ou en voyeur. Cette histoire, d'autant plus incroyable qu'elle est vraie, permet à Steve McQueen de dénoncer des actes abjects sans pour autant faire de son film une charge anti-esclavagiste frontale. Le réalisateur use de beaucoup plus de subtilité pour affirmer son propos et il ne cède jamais, exceptée sur la toute fin du film, au chantage lacrymal qu'un tel sujet peut convoquer. Toutefois, il est difficile de lui en tenir rigueur, tant tout le reste du film s'avère d'une force dramatique vraiment impressionnante et que le réalisateur filme sans faux semblants la violence à la fois physique et psychologique, ainsi que les meurtrissures des chairs, le tout avec des images à la limite de l'insoutenable.

"12 Years A Slave" bénéficie donc d'une réalisation choc de la part d'un metteur en scène qui n'hésite pas à filmer des images fortes qui s'impriment sans vergogne dans les cœurs et les âmes. Soulevant des questions difficiles notamment dans les choix à faire entre la soumission ou la rébellion, le récit déploie son horreur ordinaire avec une maîtrise clinique impressionnante. L'incroyable label "histoire vraie" apposé à ce récit hallucinant, achève de nous mettre K.O pour le compte et la violence qui ici n'est jamais esthétisante et ne fait pas non plus le jeu d'un Hollywood prude et bien pensant, s'avère traumatisante à bien des égards, mais participe à asséner cette sensation coup de poing qui vous fait vaciller. "12 Years A Slave", sous des apparats parfois classiques est en fait une œuvre d'une troublante modernité dans ce qu'elle ose montrer à l'écran, McQueen ne signant pas un pamphlet mais s'attachant à décrire l'épopée d'un homme, qui malgré les humiliations subies et alors qu'il se retrouvera souvent à la lisière du désespoir, ne renoncera jamais à recouvrer la liberté.

Pour s'assurer de la force d'un message, il faut savoir s'entourer des bonnes personnes. Steve McQueen ne déroge pas à la règle en ayant choisi le comédien Chiwetel Ejiofor pour camper Solomon Northup. L'acteur y effectue un travail phénoménal au travers d'un rôle qui l'oblige à jongler sans cesse entre les émotions. Parfait de bout en bout, que ce soit dans son expression de la douleur ou de l'espoir, il livre une composition d'une maitrise confondante. Face à lui la jeune actrice Lupita Nyong'o est bouleversante et au cœur de la séquence sans doute la plus traumatisante vue au cinéma depuis longtemps. Quelques stars se partagent les rôles secondaires mais ils ne sont pas là pour l'étiquette car chacun a un véritable personnage à défendre et le fait avec sa classe et son aura naturelles. De Michael Fassbender, terrifiant à Benedict Cumberbatch intense, en passant par un Brad Pitt à l'humanité flamboyante, "12 Years A Slave" est un témoignage choc d'une période que Steve McQueen nous oblige à regarder en face avant de détourner notre regard mêlé de honte et de terreur.
Auteur :Fred Teper
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