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13m² : Trop de déchets

Une bande de petites frappes se planque dans un local désaffecté après un casse qui a viré au bain de sang… Trahison, tension et ambiance paranoïaque, si ce n'est pas Reservoir dogs, ça y ressemble drôlement. Pour son premier long métrage, Barthélémy Grossmann n'a donc pas peur de se frotter au modèle du genre en marchant sur les traces de Scorsese, Tarantino ou même Michael Mann (on ne pourra jamais plus filmer une ville la nuit sans penser à lui). Pourtant, même armé d'une bonne volonté évidente, 13 mètres carrés s'embourbe dans des situations improbables, peine à imposer des personnages forts et prend des raccourcis trop maladroits pour ne pas nuire à la crédibilité dramatique de l'ensemble.
 
A l'image du récent film de Lucas Belvaux, La raison du plus faible, 13 mètres carrés inscrit des personnages désoeuvrés, totalement dégoûtés par un système qui leur fermera toujours ses portes, dans le contexte des quartiers pauvres. Au-delà des tours HLM des banlieues, peu d'espoir donc pour le trio vedette qui vit ou plutôt survit de petites arnaques hyper dangereuses mais finalement peu lucratives. Seule option possible à leurs yeux pour toucher « du gros pognon », réaliser un braquage d'autant plus facile que les convoyeurs conduisent des camions vétustes et que leurs salaires ne les incitent pas vraiment à une riposte active. Mais l'opération tourne mal et José et ses potes se retrouvent bien malgré eux prisonniers de leur plaque tandis que la police rode.
 
Comme c'est souvent le cas avec les premiers longs métrages, 13 mètres carrés cumule des maladresses plus ou moins pardonnables. Par exemple, les références sont ici bien trop visibles. Ainsi, le passage obligé de la scène du braquage est habilement contourné par une mise en scène qui joue sur le hors champ… comme l'avait fait en son temps un certain Quentin Tarantino pour Reservoir dogs. Le film a beau placé idéalement une ellipse culottée (le spectateur comble les trous via des dialogues qui, du coup, prennent une toute autre dimension), on a déjà vu ça ailleurs et en mieux. C'est d'autant plus problématique que la réalisation se fait hésitante, peinant à trouver le bon point de vue lors de plusieurs scènes décisives. Une exception toutefois avec la fuite du personnage de José, très haletante et parfaitement cadrée entre plans à la steadycam et montage heurté.
 
Toutefois, même les quelques fulgurances de style de 13 mètres carrés finissent par se retourner contre le film tant on pressent tout le potentiel dramatique ici à peine exploité. Difficile en effet de ne pas avoir un sentiment de gâchis devant ce qui est pourtant un huis clos apparemment bourré d'enjeux passionnants à développer sur le papier. La police finira-t-elle par mettre la main sur les braqueurs ? Un membre de la bande va-t-il trahir ses partenaires ? Que cache le silence Reza ? Autant de questions intéressantes mais pauvrement traitées. La quasi unité de lieu représentait pourtant une occasion idéale de faire monter la tension afin de pousser les personnages dans leurs derniers retranchements. Malheureusement, si l'intrigue illustre parfaitement la fameuse phrase de Jean Paul Sartre « L'enfer, c'est les autres », la confrontation entre José, Farouk et Reza se limitent à des prises de becs dans le langage fleuri du 93 :  « j'vais t'fumer, enculé, fils de pute », ou à des digressions sur les vertus de l'hygiène alimentaire : « j'vais t'chier dans ton assiette moi ! »
 
La présence de Thierry Lhermitte et Bérénice Bejo n'arrange rien creusant le fossé entre une interprétation « traditionnelle » et celle, beaucoup plus enflammée (et bien meilleure) de Barthélémy Grossmann, Lucien Jean Baptiste et Youssef Hajdi. Le final, lourdement prévisible et très simpliste, achève de rendre encore plus bancale cette tentative de cinéma de genre à la française ambitieuse mais décevante. Pourtant, derrière l'échec, il y a quand même une très belle énergie, une réelle volonté de faire du cinéma en scope et la promesse de voir le cinéma de Barthélémy Grossmann mûrir pour ses futurs projets. On attend donc la suite avec un certain intérêt.
Auteur :Frédérick Lanoy
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