18 janvier 2020
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17 Filles : 17 rondeurs

La grossesse adolescente est un thème peu traité au cinéma, "Juno" pure création du cinéma américain indépendant abordait le sujet à travers les yeux d'une adolescente en marge, qui va devoir faire preuve de maturité plus tôt que prévu. Tandis que le film "La brindille" sorti dans les salles à la rentrée évoquait la grossesse dans son déni mettant en avant le choix d'une jeune femme à devenir ou non une mère. Inspiré d'un fait réel, Delphine et Muriel Coulin signent une première œuvre sensible sur ces périodes d'entre – deux de l'existence, avant la vie et entre l'enfance et l'âge adulte. Un portait de filles comme on en voit peu.
 
Fin du cours de sport, au programme endurance au bord de mer, face à la remarque du professeur sur leurs maigres performances, une adolescente réplique avec insolence « Si au moins on courait après un but ! » Car, dans "17 filles", on tourne beaucoup en rond dans un univers pourtant des plus linéaires,sur un manège obsolète pour leur âge, au volant d'une voiture sur un parking, on se passe le joint face aux barres d'immeubles HLM, tout en admirant horizon crée par l'océan.

Sans négliger les rondeurs de leur corps comme des stigmates de l'enfance encore bien ancrés en elle. Les réalisatrices filment leur silhouette, la peau au plus près : les joues, les cuisses et le ventre bien sûr. Le corps témoin numéro un des bouleversements de la vie et dont on teste constamment les limites, ici jusqu'à l'extrême, pendant l'adolescence. Attendre un enfant permet d'appartenir à une « bande » surtout pour le bouc émissaire du lycée, de se forger une identité autour d'un leader. Comportement grégaire d'une jeunesse en mal de repère qui ne demande qu'à exclure leur mal-être et s'épanouir enfin. C'est bien connu, une adolescente s'ennuie et rêve beaucoup. 
 
Pour ces jeunes filles, la perspective d'une naissance leur assure un amour inconditionnel et la possibilité d'être prise au sérieux par le monde des adultes et certainement combler un manque d'affection. Les adultes sont représentés comme les figures de style d'une utopie déraisonnable, la personnification d'un avenir bouché, médiocre et sans lendemain. Peu importe, on ne peut lutter contre des filles qui rêvent. Les sœurs Coulin esquissent le portrait de ces grandes enfants qui s'apprêtent à avoir un enfant, sans jugement ou démagogie grâce à la complicité de jeunes actrices pleine d'avenir (Louise Grimberg et Esther Garrel en tête). Leurs interprétations oscillent constamment entre la gravité du mal-être adolescent et la légèreté infantile qui habite encore leurs personnages.
 
Ainsi, "17 filles" révèlent des actrices et des réalisatrices disposant d'une maturité de hors-norme. Des filles qui ont foi en leur rêve de créations.
Auteur :Claire Bara
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