8 décembre 2019
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2046 : Un chef d’oeuvre pour l’éternité

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le nouveau Wong Kar-Wai, "2046", est bel et bien présent sur les écrans après maintes sorties repoussées et reprises de la post production, voire du tournage ! Et avec cette sortie à rebondissements, l'impatience grandissante, l'attente devenue pour certains incommensurable.

Quel film pourrait résister à une telle pression (se souvenir par exemple du "Eyes Wide Shut" de Kubrick) ? C'est le genre d'oeuvre que l'on s'apprête à découvrir avec les plus folles espérances, mais aussi la peur au ventre : celle d'une immense déception. Et bien, nouvelle aussi hallucinante que la sortie elle-même : de déception ici point, bien au contraire...

"2046" partage avec "In the mood for love" son personnage masculin principal, M.Chow (Tony Leung, au-delà de tout éloge), et constitue une sorte d'excroissance monstrueuse de ce précédent joyau, qui en explore la face inverse.

En effet, après l'aventure sentimentale platonique vécue auprès de Su Li Zhen, M.Chow a "glissé" vers une toute autre forme de personnage, et se révèle désormais en séducteur n'hésitant pas à conjuguer les conquêtes et à s'adonner à la volupté sans nécessairement s'engager.

Ainsi, le film déroule les chapitres de sa vie sentimentale, en autant de personnages féminins (interprétés par Faye Wong, Zhang Ziyi et Gong Li ! On a connu casting moins enthousiasmant) avec qui s'installe un nouveau jeu de l'amour, permettant au cinéaste d'explorer de nombreuses facettes des rapports entre un homme et une femme, kaléidoscope vertigineux, et souvent déchirant, du sentiment amoureux, dont chaque parcelle pourrait constituer un film à part entière.

Mais ces différents blocs, s'interpénétrant parfois, sont transcendés par une autre matière : celle de l'esprit même de Mr Chow, point de focalisation central du film, et qui s'actualise dans les quelques séquences "science-fictionnelles" qui parsèment le film, représentations du roman en cours d'écriture, dans lequel les femmes aimées deviennent androïdes à sentiments différés, et où il est question d'un train roulant à l'infini vers le lieu de la mémoire éternelle.

Cela peut paraître naïf (et l'est, de façon parfaitement assumée, dans sa représentation), mais se révèle surtout exceptionnellement beau. Et ces imageries futuristes ne sont pas le seul élément venant irriguer l'ensemble des histoires vécues dans "2046".

Car il y a le hors-champ. Si celui d'"In The Mood For Love" était le lieu de la société et des contraintes étouffantes, celui de "2046" a sans conteste pour nom Su Li Zhen, le personnage de Maggie Cheung.

Si celle-ci n'apparaît que dans quelques plans - bouleversants - de ce nouveau film, sa présence (à travers son absence) se fait de plus en plus prégnante d'un bout à l'autre.

Dans cette perspective, "2046" est certainement l'un des plus grands films jamais réalisés sur le souvenir. Mais c'est aussi un film qui manie les paradoxes : d'une minceur narrative comparable à celle de son prédécesseur (là encore, tout est affaire de sensation), il se révèle pourtant d'une incroyable ampleur romanesque.

C'est enfin le film où Wong Kar-Wai prend définitivement acte de son statut d'Auteur, et fait délibérément "du Wong Kar-Wai"; démarche qui aurait pu être catastrophique, mais qui vaut au cinéaste, au terme d'un voyage ou l'émotion va crescendo et la mise en scène éblouit sans cesse, de se trouver et de se dépasser.

Et de livrer un film monumental dont on voudrait qu'il ne s'arrête jamais.

Auteur :Rémi Boîteux
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