17 septembre 2021
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24 heures de la vie d’une femme : La critique

"24 heures de la vie d'une femme" ne raconte pas une histoire, mais plusieurs histoires, ce qui est plutôt déroutant : on n'a pas le temps de s'attacher aux personnages qui commencent à se livrer à nous que déjà la caméra les a zappés pour se focaliser sur d'autres personnages. Résultat, il n'est pas toujours facile de savoir où on est et quels sont les personnages principaux, surtout que le film fonctionne tout en flash-back : il y a de quoi être un peu déboussolé.

Si on franchit le stade du repérage dans le temps et dans l'espace, on se laisse prendre par l'ambiance si particulière, où un sentiment de malaise macule le romantisme, des romans de Stefan Zweig. Laurent Bouhnik a une manière de filmer une scène qui lui est propre et qui est terriblement belle : au lieu de filmer une scène dans sa globalité par des plans généraux, il cherche la partie du corps de ses personnages qui expriment le mieux ce qu'il veut dire. Et peu importe que ce soit un pied, une oreille, un cm² de peau, une main… Son style colle à l'univers de Stefan Zweig, ce qui, à priori, n'est pas donné à n'importe quel réalisateur.

Louis est revenu sur les lieux du scandale qui s'est produit dans son enfance : un soir, alors qu'il remporte le jackpot au casino, il fait la rencontre d'une jeune fille, dont la beauté se situe à mi-chemin entre l'ange et le diable. Celle-ci vient de se disputer avec son petit ami. Louis va lui raconter son histoire… Mais apparemment, ce couple étonnant joué par Michel Serrault et Bérénice Bejo n'est pas le sujet principal du film. Il sert de prétexte à Louis pour raconter une autre histoire d'amour. Alors qu'il était jeune garçon, sa mère, sur un coup de tête, s'enfuit avec le jeune professeur de tennis. Evidemment, un tel acte dans une pension de famille au début du siècle nourrit toutes les conversations : les langues se délient, crient au scandale, condamnent la fautive…

Louis est en proie à l'incompréhension dû à son jeune âge. C'est alors qu'il fait la connaissance de Mary Collins-Brown, une aristocrate de 60 ans, qui va expliquer l'acte de sa mère par sa propre histoire (qui est le sujet central du film). Alors âgée d'une quarantaine d'années, Mary Collins-Brown se retrouve veuve et peine à redonner un sens à sa vie : elle croit la flamme en elle définitivement éteinte…jusqu'au soir où, dans l'antre fiévreuse d'un casino, les mains d'un joueur invétéré exerce sur elle un véritable pouvoir de fascination. Une passion naît, faite de folie et de mystère, de doute et de déraison…

Cet enchâssement d'histoires assez confus à certains moments engendre la frustration de ne pas être davantage au cœur de la rencontre entre Louis, vieil homme qui a beaucoup vécu, et la jeune fille qui a beaucoup à vivre. Il faut dire qu'on ne peut qu'être séduit par la complicité entre Michel Serrault, d'une élégance profonde, et Bérénice Bejo, qui irradie de vie et de sensualité troublante. Agnès Jaoui est éblouissante dans le rôle de Mary Collins-Brown : elle incarne une femme bouleversante d'authenticité à différents âges de la vie, ce qui inclut un énorme travail des attitudes, de la démarche et de la voix.

Dans cette romance teintée d'errance sentimentale, les images se font désir tant le réalisateur a soigné l'univers visuel de son film : la mise en scène est parfaitement maîtrisée. Les scènes dans le casino comptent parmi les plus belles de "24 heures de la vie d'une femme" : les plans sur les mains nerveuses du joueur exacerbent la fièvre passionnée du flambeur dans l'atmosphère électrique quand « rien ne va plus ». On assiste à une explosion de couleurs, à une agitation faite de sensations.

Les personnages se lancent à corps perdu dans leur passion du jeu ou dans leur attirance irrésistible pour l'autre. Les sentiments, tantôt dits tantôt muets, imprègnent les lieux comme des ombres chinoises éternelles projetées sur un mur.  Avec "24 heures de la vie d'une femme", Laurent Bouhnik rend un merveilleux hommage à l'œuvre et à l'univers littéraire de Stefan Zweig, en nous entraînant dans les hautes sphères de la passion humaine.

Auteure:Nathalie Debavelaere
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