16 janvier 2021
Critiques

24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi : Molle adaptation

"24 jours" revient sur l'enlèvement et le meurtre d'Ilan Halimi , jeune vendeur de téléphonie, par le gang des barbares, à Paris, en 2006. Le film se concentre sur l'enquête de police de la brigade criminelle et le cauchemar vécu par la famille d'Ilan pendant les 24 jours de sa détention, notamment par sa mère Ruth. Le scénario est entièrement tiré du livre éponyme écrit par cette dernière.

Ce point de vue nous épargne donc une succession de scènes de tortures qui furent le quotidien d'Ilan. Le réalisateur choisit donc une pudeur bienvenue et se concentre sur l'émotion pour ce devoir de mémoire. Venu présenter son travail à l'UGC de Lille lors de l'avant-première le 31 mars, il a déclaré : « la différence entre un reportage et un film, c'est que le reportage décrit simplement la réalité, le film ajoute l'émotion. » A l'issue de la projection on ne peut qu'approuver.

En revanche, quand on nous vend le film comme une sonnette d'alarme tirée contre la montée de l'antisémitisme en France, on est un peu perplexe. Certes, Ilan n'a pas été choisi par hasard. Les membres du gang expliqueront qu'ils ont choisi un juif « parce qu'ils sont riches et parce que leur communauté est soudée. » On s'indigne et on s'étonne que de tels préjugés persistent encore en 2006, au moment du drame, quand on sait quelles conséquences ils ont eues 70 ans plus tôt. Il s'agit donc bien d'antisémitisme, par amalgame. Mais, de fait, c'est bien par appât du gain avant tout que ces actes inhumains ont été commis. On est choqué par cette violence, insoutenable. On est rempli d'empathie et de compassion face au destin, qui aurait pu aussi bien être le nôtre, de cet homme, de cette femme qui a vécu ce qu'une mère peut vivre de pire; et on reste sans voix, interdit. On ne comprend pas comment un homme peut infliger un tel traitement à un homme, mais sans pour autant que l'appartenance religieuse soit l'explication à privilégier.

D'autre part, on est plus que préoccupé, et ce dès les premières minutes du film, par le jeu d'acteurs. Les scènes de dialogues souffrent d'un manque de réalisme criant et ceci aussi bien pour les proches d'Ilan que pour l'ensemble des policiers. Par contre, du côté du « gang », les dialogues étant plus restreints, le problème est moindre, et on salue la performance de Tony Harrisson dans le role de Youssouf Fofana . Pascal Elbé est convaincant en père au sang-froid admirable, et on est indulgent pour Zabou Breitman, obligée de remplacer au pied levé, Valérie Benguigui, initialement prévue, et malheureusement décédée quelques jours avant le début du tournage. Pour le reste, hélas, c'est assez décevant dans l'ensemble .

En résumé, si la piqure de rappel nous touche en plein cœur, et si cette dramatique affaire méritait sûrement qu'on lui consacre un film, on demeure déçu par cette adaptation du livre en déplorant notamment un manque de crédibilité dans l'interprétation des personnages, et une certaine tendance malvenue au communautarisme qui est parfois perturbante.

Auteur :Florian Carpentier
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