13 juillet 2020
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28 jours plus tard : Le fléau humain

Après le fiasco de La plage en 1999, le cinéaste britannique Danny Boyle revient avec une fiction horrifique qui se veut une relecture de La nuit des morts-vivants, le classique de l'épouvante réalisé par George A.Romero. Dès les premières minutes, le ton est donné avec des images télévisées montrant des émeutes d'une rare violence qui ne renieraient pas la célèbre citation « l'homme est un loup pour l'homme ». Le postulat de départ où un commando de la protection animale libère un virus fatal (provenant de chimpanzés) à l'humanité fait immédiatement penser à celui de L'armée des douze singes de Terry Gilliam. Le scénario s'étale ensuite sur trois lieux décrivant l'itinéraire laborieux d'un groupe de survivants.

28 jours ont passé, Jim se réveille d'un coma et arpente les rues désertiques d'un Londres dévasté dont la reconstitution est d'un réalisme saisissant. Selena et Mark, deux résistants lui apprennent plus tard que l'épidémie s'est rapidement propagée par le sang qui alterne l'état de santé des hommes. Animés par une rage bestiale, ceux-ci se déplacent désormais par mouvements saccadés. Le propos est donc toujours aussi pessimiste car l'être humain apparaît une nouvelle fois comme l'artisan de sa propre extermination à travers ses excès scientifiques. La fin du monde est-elle pour demain ?

La halte dans la campagne anglaise met davantage l'accent sur la psychologie des non-contaminés. Cette partie se montre plus sobre en tranchant avec le rythme haletant de la première et son ambiance apocalyptique. Les personnages peuvent enfin souffler en se permettant quelques notes d'humour. La relation entre Franck (l'imposant Brendan Gleeson, l'un des seconds rôles de Gangs of New York) et sa fille Hannah apporte un peu d'émotion. Mais pendant ce temps, la peur de l'infection continue de planer.

L'ultime destination conduit jusque dans un château à Manchester où la sauvagerie reprend ses droits et culmine dans un assaut sous une pluie orageuse. Un parallèle s'établit entre les bas instincts de soldats dont le principal souci est de rassasier leur appétit sexuel et la horde des contaminés assoiffés de sang. En deux mots et sans vouloir faire de l'humour noir, nos héros doivent faire le choix entre la peste et le choléra.

L'œuvre bénéficie de la performance de comédiens quasiment inconnus du grand public qui s'intègrent à l'histoire en traduisant à la perfection leur désarroi face aux enjeux dramatiques. Tourné en vidéo numérique, la réalisation malgré son côté expérimental se montre efficace en exploitant un minimum de plans gores. La photographie s'appuyant sur les effets de lumière et les maquillages très impressionnants (notamment l'aspect cadavérique et les yeux rouges hémoglobine) contribuent grandement à instaurer un climat glauque qui garde le spectateur sous une tension parfois à la limite du soutenable. A ce titre, on signalera la séquence de crevaison dans le tunnel qui renvoie aux premiers films de John Carpenter. Toutefois, il est dommage pour le récit, qu'une bande-son tonitruante à tendance métal soit utilisée pour renforcer l'impact des attaques. De même que pour l'épilogue qui cède à la facilité en ayant recours à des schémas conventionnels.

Constituant une réussite dans le genre, le long métrage de Danny Boyle assimile avec subtilité toutes les références citées plus haut et tient en alerte jusqu'à ce que la terreur vienne vous happer. D'ailleurs, il vaut mieux prévenir que certaines scènes d'une barbarie extrême sont à déconseiller aux âmes trop sensibles même si elles ne sont que suggestives. En tous cas, gare aux sensations fortes !


Publiée avec l'aimable autorisation de la rédaction des Héros de l'Ecran 

Auteur :Fabien Rousseau
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