30 novembre 2020
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5×2 : Les histoires d’amour finissent mal (en général)

Septième long-métrage de François Ozon, "5x2" (distribué par Mars Films) est la cruelle mais lucide autopsie d'un couple d'aujourd'hui, de sa belle naissance à son amère séparation, où le cinéaste pose quelques questions essentielles sur la vie à deux à travers cinq moments clés racontés à rebours. Une oeuvre en équilibre précaire, souvent à la limite des clichés, magnifiquement interprétée par un couple aussi inédit que convaincant : Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss. Tels deux boxeurs sonnés après un épuisant combat, Marion et Gilles écoutent presque hébétés, le regard perdu, le jugement de leur divorce, point final d'une histoire d'amour né il y a quelques années.

Depuis cette situation initiale, banale mais terrible, François Ozon remonte à la source et tisse alors le récit enchevêtré d'une passion et d'un échec amoureux en dévidant le fil d'une relation complexe où chacun est responsable des petites trahisons, imperceptibles renoncements et médiocres fuites conduisant à l'inexorable séparation. Pourtant, avant d'évoquer ces instants joyeux ou tristes au cours desquels se cristallisent les sentiments d'un couple, le cinéaste filme Marion et Gilles dans le lit d'une chambre d'hôtel, ultime étreinte en guise de cadeau d'adieu, où se mêlent la beauté du don des corps et la tristesse du désir disparu. Car la brûlure qui tenaillait les amants s'est évanouie dans le ressentiment mutuel et, bientôt, les larmes inondent le visage de Marion qui subit les violents assauts de Gilles, exutoire ignoble pour cet homme défait. Une scène presque insoutenable traversée par une haine extrême et un immense dégoût où chacun peut mesurer l'abîme qui les sépare désormais. Une lutte sans vainqueur ni vaincu, épilogue d'une histoire qui s'achève dans l'incompréhension mutuelle.

Le cinéaste choisit alors avec "5x2" de remonter le cours de ce fleuve impétueux où frayent les sentiments les plus contrastés et d'ausculter, sous la loupe d'une caméra souvent féroce mais jamais cynique, ces glissements progressifs vers l'indifférence, rivages désormais hostiles sur lesquels s'échouent un homme et une femme qui pensaient pourtant avoir découvert le paradis perdu des amours éternelles. Car évidemment, aucun ne doutait que ce fut pour toute la vie à l'aube des promesses d'une enivrante passion. Cependant, Marion et Gilles vont apprendre à mesurer l'écart, parfois infime lorsqu'il se creuse sous les pas du malentendu, entre le hasard et le destin, entre l'éphémère et l'immuable, entre une heureuse coïncidence par laquelle s'agrègent deux aspirations et une rencontre décisive où se croisent deux trajectoires pour ne plus former qu'une seule ligne, certes accidentée et sinueuse mais terriblement exaltante.

A travers le prisme d'un repas qui vire au jeu de la blessante vérité de reproches trop longtemps tus, de la naissance d'un enfant qui révèle les angoisses et les peurs de chacun, du mariage qui s'ouvre dans l'insouciance et la joie et s'achève au petit matin dans le doute et la mélancolie, François Ozon esquisse les contours d'un amour gagné peu à peu par le désenchantement et l'incompréhension.

Dans un subtil paradoxe, le dernier plan du film montre ce couple naissant, marchant sur la plage, main dans la main, baigné par les derniers rayons d'un soleil couchant. Soit une image à la fois transparente (le cliché de l'innocence amoureuse) et complexe (les premiers pas d'une histoire vouée à l'échec) où se jouent l'exaltation d'un amour à construire et l'amertume d'un fiasco sentimental annoncé.

Selon que vous serez transporté ou déçu par l'amour, vous y puiserez alors les raisons d'y croire ou pas...

Auteur :Patrick Beaumont
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