28 octobre 2021
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5×2 : Un homme et deux femmes

Se prenant toujours pour l'Antonioni français, le pathétique et malheureusement prolifique François Ozon a décidé de nous parler du couple avec "5x2" (distribué par Mars Films). Mais le propos du cinéaste est tellement original et nuancé qu'on est plus proche d'un Lelouch des mauvais jours que de "L'Avventura". Pour palier le vide et la fadeur qui parcourent tout son film, le nouveau petit génie du cinéma français a recours au concept pour souligner au spectateur égaré qu'il est bel et bien devant ce qu'on appelle communément un film d'auteur.

Soit cinq moments de la vie d'un couple, Marion et Gilles (Valéria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss, tous les deux magnifiques), de la rencontre à la rupture. Mais comme nous sommes devant un film d'auteur et que par conséquent Ozon est un cinéaste intelligent, il use d'un procédé qui a, il y a deux ans, donné naissance à une autre daube cinématographique : Irréversible de Gaspard Noé.

"5x2" va donc raconter à l'envers ces 5 grands moments de riches et intenses émotions qui sont (dans le désordre donc) : la rupture, une soirée de bourgeois encanaillés, la naissance de l'enfant, le mariage et la rencontre. Mais (car il y a encore un mais) nous sommes devant un film de François Ozon, un auteur donc, c'est-à-dire un cinéaste qui a univers ou tout du moins un style. Ce petit malin va ajouter sa note pseudo-subversive, son fonds de commerce habituel avec ces petites scènes censées déranger ou choquer : après que leur divorce soit prononcé, le couple se retrouve dans un hôtel et Gilles finit par enculer son ex-femme ; durant la soirée, homos et hétéros philosophent gentiment sur l'infidélité (un récital de lieux communs) et Gilles fait le récit d'une partouze à laquelle il a participé ainsi que sa femme ; durant la nuit de noces, Gilles étant trop bourré, c'est avec un autre que Marion s'envoie en l'air et revient aussitôt dans le lit conjugal en clamant son amour à son chéri de mari…

Dans ce concept étouffant et terriblement vain, les personnages n'ont plus le temps et l'espace nécessaires pour exister pleinement. Nous sommes ni plus ni moins devant des esquisses de personnages, presque des caricatures. Toutefois, c'est surtout le personnage de Géraldine Pailhas (une nouvelle fois sous-employée) qui est le plus épouvantablement traité. Apparaissant à la toute fin du film, Ozon en fait un personnage repoussoir (une petite peste froide et belliqueuse…) afin de légitimer la décision de Gilles (la quitter pour Marion…).

Jamais le cinéaste parvient à émouvoir, étonner. Son film est une succession de scènes étonnamment plates, dénuées de trouble, de mystère; des scènes déjà vues, tellement balisés qu'elles en deviennent ridicules. De plus, Ozon se révèle fin analyste des rapports hommes-femmes en suggérant que l'échec de Gilles auprès de ces deux femmes vient certainement de son homosexualité refoulée. CQFD. Merci docteur, combien je vous dois ?

Se concluant sur une image de carte postale avec soleil couchant des plus mièvres, "5x2" confirme que François Ozon est certainement le cinéaste français le plus surestimé du moment.

Auteur :Christophe Roussel
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