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8 femmes : Grand Huit

Ce qui séduit avant tout dans "8 femmes", c'est cette notion de jeu qui transparaît aussi bien chez le réalisateur que chez les actrices. On pense évidemment, comme pour tous les huis clos du genre, au Cluedo ou aux romans policiers à la Agatha Christie, petites perles de jeu d'esprit. En effet, François Ozon se plaît à nous dérouter, à nous emmener là où on ne s'y attend pas, toutefois sans jamais nous perdre.

Ici, le mélange des genres se transforme en un cocktail délicieux où l'on peut savourer des touches de burlesque et de pure comédie, avec toujours en arrière-goût le drame, la complexité des choses et la folie. Après le décalé "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes", c'est la deuxième fois que le réalisateur de "Sitcom" et du très remarqué "Sous le sable" adapte une pièce au cinéma.

En parfait metteur en scène, il entraîne ses actrices (mais a-t-il vraiment besoin de le faire ?) dans ce jeu aussi bien cérébral que physique. Quelles présences ! Les actrices, toutes formidables et servies par d'excellents dialogues, se lâchent véritablement et se font plaisir. Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Danielle Darrieux, Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Ludivine Sagnier, excusez du peu…

François Ozon sait s'entourer de belles femmes. Les femmes, justement. Des bijoux, des perles, des fleurs, comme le suggère l'ouverture du film ? Oui, mais les fleurs et les diamants ont chacun leur particularité, ce qu'ils ne révèlent pas de prime abord.

Elucider ce crime, c'est découvrir d'abord qui sont ces femmes, ces femmes vipères, devrait-on dire, partagées entre les cancans, les intérêts personnels et leurs secrets inavouables. Les vérités cachées explosent à la Festen et tâchent les apparences proprettes de cette famille bourgeoise. Le jeu continue… Le jeu continue, et Ozon s'interroge. Sur les femmes, donc sur l'amour. Si la mort est un thème récurrent chez Ozon, l'amour (et souvent l'homosexualité) devient naturellement sa deuxième obsession.

Thème central du film, l'amour se décline ainsi de mille façons (8 dans le cas présent), exprimant la sensibilité et les blessures de chacun des personnages. Ce film est décidément très riche et je ne serai ni le premier ni le dernier à affirmer qu'Ozon porte bien son nom. L'originalité de "8 femmes" dans sa mise en scène et dans sa distribution devrait achever de convaincre les spectateurs qui d'aventure n'avaient pas envie d'assister à ce spectacle jubilatoire.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe

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