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88 Minutes : Fond de tiroir

Fond de catalogue jeté sur la toile les yeux fermés par des producteurs qui espèrent engranger quelques dollars sur un malentendu, 88 minutes est un navet sidéral et sidérant. Lorgnant sans vergogne sur le concept de la série 24 heures chrono, Jon Avnet tente de booster une intrigue d'une rare bêtise autour de la recette « l'action se déroule en temps réel. »

Le postulat de départ ne manque pas d'intérêt mais la réalisation, indigente, les multiples incohérences d'un script cousu de fil blanc et la pauvreté de l'interprétation auront raison de la patience des spectateurs les plus indulgents injustement arnaqués par une bande annonce putassière. Navrant.

Certains films mettent 50 ou 60 minutes pour déclarer leur statut de nanar officiel. Conscient qu'il vaut mieux jouer carte sur table dès le départ, 88 minutes met exactement 4 minutes à dévoiler sa vraie nature : celui d'un très mauvais direct-to-video sorti en salle uniquement sur le nom de la star en tête d'affiche. Al Pacino interprète donc un spécialiste mondialement connu dans le domaine des tueurs en série ce qui lui vaut un salaire mirifique du F.B.I et l'admiration de la gente féminine (il y en a même qui font de la gym à poile dans sa chambre tout en se lavant les dents : une prouesse). Grâce à son diagnostic, un redoutable serial killer est sous les barreaux et attend une exécution imminente. Peu enclin à se laisser griller sans moufter, le dit criminel aurait-il lancé une dernière machination diabolique ? Le génie de la psychiatrie aura 88 minutes pour échapper à un destin funeste.

Comment un film qui joue autant sur la notion de temps réel peut-il paraître aussi long ? Première élément d'explication : une absence de crédibilité flagrante. Du faux reportage télé sur le personnage du meurtrier (interprété sans conviction par Neal McDonough) à la confrontation psy/tueur via une interview en direct, rien ne sonne juste. Le postulat de vraisemblance étant gravement mis en défaut à maintes reprises, difficile dès lors pour le spectateur de se laisser séduire par un film qui se contrefout complètement de raconter une histoire crédible. Dans une tentative désespérée de masquer quelques monstrueuses incohérences, l'intrigue multiplie les fausses pistes grâce à un défilé de personnages secondaires qui font figure de suspects potentiels. Au fil des bobines se dévoilent donc un étudiant agressif, une admiratrice au passé trouble, une ancienne maitresse avant que le scénario dans sa généreuse connerie nous fasse péter un vilain trauma en guise de fil conducteur (l'explication du titre vaut son pesant d'or comique).

Côté mise en scène, un scope cheap et une photo alimentaire se charge de remplir un cahier des charges technique sans éclat qui ne tire jamais parti du déroulement de l'action « en temps réel ». Ici point de split screen ou de caméras à l'épaule mais une réalisation spéciale troisième âge où papi Avnet se prend pour Michael Bay (explosions, fusillades) sans toutefois interrompre la sieste du spectateur. Les ultimes rebondissements grands guignolesques et un final ahurissant de nullité n'arrangent rien, ramenant 88 minutes à la dimension télé filmique qui est la sienne.

Et au milieu de ce désastre pelliculé, Al Pacino, bedonnant, bouffi, ridicule, balade sa mine ahurie en se demandant ce qu'il fout là. Nous aussi...
Auteur :Frédérick Lanoy
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