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A l’origine : Escroc ou héros ?

Dans "Quand j'étais chanteur", il filmait les hôtels de province et les cafeterias de supermarché avec une grâce presque enfantine. Avec "À l'origine", Xavier Giannoli remet ça, posant sa caméra sur un tronçon d'autoroute en cours de construction.

"À l'origine" film vaut avant tout pour sa mise en images de ce chantier, avec ses lumières incroyables, ses hommes en ébullition, le goudron fumant, la pluie qui tombe et crée des reflets. Giannoli s'impose comme un très grand filmeur du quotidien, l'équivalent cinématographique d'un Edward Hopper, qui utilise de grands angles et des personnages perdus pour créer une sensation de perte et d'abandon.

Mais "À l'origine", c'est aussi une histoire. Celle de ce petit escroc qui, pris à son propre jeu, décide d'aller toujours plus loin dans l'escamotage, avant qu'un attachement certain envers quelques victimes ne vienne créer chez lui quelques scrupules. Est-ce un escroc ou un héros ? demande l'affiche.

Dans le film, cela semble pourtant clair : celui qui se fait appeler Philippe Miller est évidemment les deux à la fois, un bandit à la petite semaine avec un coeur si gros qu'il finit par se sacrifier pour mener à bien le projet qui fait rêver tout une ville.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : donner du rêve et de l'espoir à un certain nombre de personnes rongées par l'inactivité et l'immobilisme. En les faisant participer à la construction d'un simple tronçon d'autoroute, qui ne mène sans doute nulle part et dont personne n'a ordonné l'exécution, il leur permet de se sentir en vie, au moins pour quelques temps.

L'argument est un rien naïf, mais Giannoli s'en acquitte de façon absolument implacable. La description des rouages de l'escroquerie montée par Miller est d'un réalisme cru, qui tranche assez idéalement avec les séquences où il s'extasie - et nous avec - de la beauté de l'entreprise mise en oeuvre.

L'intrigue a beau être finalement assez prévisible, l'essentiel n'est pas là. Il réside notamment dans la beauté de ces échanges humains entre ces ouvriers qui semblent jouer leur vie sur un chantier, font des pieds et des mains pour accélérer le tempo, échangent des regards complices et satisfaits devant l'avancée du projet, partagent aussi leurs doutes devant les quelques failles du plan monté à la va-vite par Miller.

Le plus beau personnage étant peut-être celui interprété par Stéphanie Sokolinski, jeune maman parachutée secrétaire de direction sur le chantier, et dont les états d'âme vont et viennent avec la bonne (ou moins bonne) avancée des travaux.

La musique de Cliff Martinez achève magnifiquement le travail et emballe ce projet humain, fragile mais renversant, porté par quelques acteurs dont on ne cesse de redécouvrir la puissance absolue.

Beau travail !

Auteur :Thomas Messias
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