28 février 2020
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A la merveille : A l’économie

A l'économie. Tel aurait dû être le titre du dernier long-métrage de Terrence Malick, sorti à peine un an et demi après son élégiaque "Tree of Life", Palme d'or à Cannes en 2011. Quand Terrence Malick mettait dix ans à élaborer un scénario, tourner, puis monter, il termine aujourd'hui l'affaire en quelques mois avec une aisance déconcertante.

Dès les premières images, Malick laissé entendre qu'"A la merveille" serait dans la droite lignée du religieux "Tree of Life". Avec, cette fois-ci, un décryptage maniéré de l'amour, entre poésie, romantisme, croyance, le tout imprégné dans un monde bien actuel. Si on en cantonne à la narration, le synopsis peut à lui tout seule résumer un film entier, long d'1h50 tout de même. En effet, "A la merveille" ne racontera rien de plus. Terrence Malick distillera bien ses plans si particuliers dont lui seul a le secret, remplaçant les mots par l'invisible, et faisant de la métaphore son jeu favori. Sauf que l'ennui très vite le pas sur le reste.

Long, inintéressant, vide et sans charisme, "A la merveille" est le type de film qui ferait passer "The Tree of Life" pour un chef-d'œuvre, tant Terrence Malick s'évertue à faire vivre son cinéma dans un fond aussi inexistant que la forme persiste à en indiquer mollement le contraire. Le cinéaste, pompeux à souhait ici, pousse le vice jusqu'à reprendre des cadres qui apparaissent tout sauf éphémères, contrairement à son idéal de l'amour. Une eau envahissante qui prend le pas sur un sable inamovible qui incarnera l'être humain incapable de bouger pour évoluer. Au début, il bondit sur le sable mouvant pour au final, s'embourber dans les marais des sentiments absents.

Pour incarner son point de vue, Terrence Malick s'amuse à détester des personnages vides et inintéressants au possible. Ben Affleck, sorte d'homme intouchable et inexpressif, joue le mutisme avec un agacement qui frise l'irrespect. Etonnant de voir aussi peu à l'aise celui qui remporte pourtant dans le même temps un Oscar du meilleur pour "Argo", remportant l'adhésion aussi bien en acteur qu'en metteur en scène.

C'est l'histoire d'un type, ex-héros de "Pearl Harbor" qui joue l'indifférence lorsqu'une multitude d'observateurs sont à ses genoux et implorant son pardon de l'avoir si vite jugé… avant même d'avoir vu ce que Affleck pouvait offrir dans un film de Malick. Alors que Brad Pitt obtenait un rôle fort, celui de patriarche éduquant à la droiture sa progéniture face a une société en pleine mutation et des croyances mises à rude épreuve, Ben Affleck se retrouve en marionnette, tentant vainement d'incarner un personnage qui n'intéresse absolument personne.

Et que dire des deux autres actrices, Olga Kurylenko, la seule à apporter un brin de sensualité et de beauté, et Rachel McAdams, totalement absentes et lisses. On ne peut éprouver une quelconque empathie, et pire, on a pitié pour eux devant un tel désespoir si bien caché. Alors Terrence Malick compense par la représente de l'éternel, des âmes mutilées, la foi ébranlée (heureusement que Javier Bardem a procuré un frisson) et la peinture d'un Midwest bien triste.

Egalement ressentie dans "Le Nouveau Monde", accentuée dans "The Tree of Life" pour finalement être affichée au grand jour, la détestable misogynie du cinéma malickien est un point noir dominant de la tête et des épaules les autres. La femme, objet vertueux, esthétique, incarnant la pureté de la raison, ne trouve ici que le statut d'un faire-valoir. Face à l'homme mutique, elle se questionne, séduit, déteste et torture les esprits. Mais si ce n'était que cela…

Jusque dans ses fameux cadres dégoulinant de beauté et de métaphore, Terrence Malick renforce son image vomitive de la femme, que le cinéaste filme comme un poison mortel. Dans la seule véritable scène de sexe du film, érotisé sans grand talent, Olga Kurylenko sera nu, un sein par-ci, une fesse par-là. Face à elle, la dominant bien entendu, de corps comme d'esprit, un Ben Affleck torse nu, car l'homme n'a pas besoin d'enlever son jean. Une image détestable qui résume le contenu de ce film filmé à la va-vite et à l'économie par un metteur en scène qui a perdu en chemin la grandeur de son cinéma en voulant trop bien faire, trop vite.

Le plus triste dans ce constat qu'on n'aurait jamais imaginé se  lâcher sur Terrence Malick le discret, c'est qu'il y a encore deux longs-métrages qui arrivent prochainement sur nos écrans...

Auteur :Christopher Ramoné
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