Critiques

A l’ombre des filles : Un triomphe au féminin ?

Par Sylvain Jaufry


Etienne Comar n’est pas un inconnu dans le paysage cinématographique Français. En effet, il est notamment le producteur du film "Des hommes et des dieux" de Xavier Giannoli. Le cinéaste présente, ici, son second long-métrage (après "Django" sorti en 2017). L'univers musical est encore au centre du sujet. En l'occurrence, le chant. "A l’ombre des filles" s'inscrit ainsi dans la même veine que le  film "Un triomphe" (réalisé par Emmanuel Courcol).

Les deux œuvres mélangent l’artistique et le monde carcéral. Etienne Comar propose en l'espèce une sorte de nouvelle variante de ce sujet. Malheureusement, son film n’est pas aussi réussi que celui avec Kad Merad. Il y a comme un sentiment de “déjà vu” qui vient gâcher tout le récit.

Comme un air de ressemblance

Voici 5 ans, Etienne Comar nous avait surpris avec son film très maitrisé sur la vie de Django Reinhardt. La musique semble être très importante dans son cheminement. Il continue sur sa lancée avec "A l’ombre des filles". Ce récit qui raconte l’apprentissage du chant par des détenues avait tout pour être intéressant. L’action se situe dans une prison, pour femmes cette fois-ci. Ces cours de chant sont entrepris pour égayer le quotidien de ces femmes et exploiter leurs talents. Les détenues viennent d’horizons différents et ont toutes des profils complexes. Ce sont des femmes éprouvées par la vie et par leurs conditions de détention.

On ne peut que regretter la comparaison inévitable avec le film "Un Triomphe". Trop de ressemblances avec le long-métrage d’Emmanuel Courcol sont à déplorer. "A l'ombre des filles" n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle variation de ce thème. Cela ne propose rien de nouveau et souffre d’une absence évidente d’originalité. On ne peut pas dire que c’est un copier-coller, certes, mais le scenario obéit étrangement à la même structure narrative.

De ces cours dans la même salle en passant par les failles personnelles du personnage principal, tout semble correspondre. Du coup, la portée du sujet s’en trouve-t-elle amoindrie et n’a pas la force émotionnelle adéquate. Nous sommes confrontés à un film qui recycle ce thème avec moins de puissance et de créativité.

Une distribution artistique sous-exploitée

"A l’ombre des filles" bénéficie d’un casting remarquable. Alex Lutz campe un professeur de chant passionné par son métier et en proie à de sérieux doutes. Sa composition est étonnante. Il s’éloigne singulièrement du genre comique qu’on lui connait. Sa palette de jeu est plus que juste et semble prometteuse. Face à lui, une palanquée d'actrices chevronnées (Hafsia Herzi, Agnès Jaoui et Veerle Baetens) complètent la distribution.

A vrai dire, la présence de ces trois actrices est assez vendeur et peut contribuer au succès. Leurs prestations respectives sont convaincantes. Cependant, leurs personnages souffrent d’un manque d’exploitation et d’écriture trop visibles. En effet, le scénario privilégie l’explication de la psychologie de Luc Jardon et de son passé. Ce n’est pas une mauvaise idée en soi, mais ce choix est fait au détriment des histoires des détenues. Celles-ci se voient alors complètement effacées, voire quasiment inexistantes. C'est plutôt préjudiciable dans le sens où nous ne savons presque rien sur ces femmes. A part peut-être quelques bribes d’information, disséminées mais globalement confuses.

Ainsi, est-il est peu aisé de s'attacher à ce petit groupe. Mais aussi de se passionner pour l'intrigue. Il est fort dommage de ressentir que ces actrices ne soient pas mises en scène dans des rôles taillés à leurs mesures. Leurs personnages sont fantomatiques et pèsent trop peu dans le développement. De trop rares scènes permettent de mesurer leur potentiel et c‘est bien regrettable.

Une déception au rendez-vous

Finalement, Etienne Comar déçoit avec "A l’ombre des filles". Parce que "Django" semblait très achevé techniquement, avec un Reda Kateb dirigé parfaitement. Au contraire, ici, il subsiste ici une impression différente. Dans "A l’ombre des filles", la mise en scène est peu dynamique. Ce qui est annoncé au départ de cette critique se justifie au fur et à mesure que le film se déroule. Au fond, nous sommes dans "Un triomphe" au féminin qui reprend presque toute la structure du film d'Emmanuel Courcol. Des plans et une direction simpliste. le tout mis en scène dans des décors minimalistes. C'est à la fois décevant et critiquable comme démarche.

La photographie insiste sur la blancheur de ces décors, rendant le film clair et lumineux. Le son est d’une très bonne qualité. On y entend facilement les variations et la technique vocale. Une scène vaut le détour et qui est magnifique. Celle où nous voyons les prisonnières reprendre un air chanté jadis par Jeanne Moreau dans leurs cellules. Ce passage est d’une grande poésie. Cela fait penser à un extrait chanté du film "Le huitième jour" de Jaco Van Dormael.

En définitive, "A l’ombre des filles" ne débouche pas sur le résultat attendu. Voilà qui est décevant ! Surtout quand on bénéficie du concours d'actrices aussi remarquables...

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