22 janvier 2020
Critiques

A Most Violent Year : Critique n° 1

Abel Morales (Oscar Isaac, le "Llewyn Davis" des frères Coen, en vraie résurrection d'Al Pacino période "Parrain") gère une compagnie de livraison de fioul domestique à New York au tout début des années 80. Patron officiel, sa volonté d'intégrité est souvent entravée par les gérants officieux, trafiqueurs de comptes notoires et truands à leurs heures. Il y a sa femme (agaçante Jessica Chastain), son beau-père (toujours flippant Albert Brooks) et la smala juridico-mafieuse qui va avec.

J.C. Chandor avait fait sensation en 2012 avec un "Marging Call" étonnant dans sa proposition : on ne comprenait toujours rien à la titrisation des actifs financiers mais on côtoyait avec effroi l'infini appétit du capital en roue libre. Ici aussi, on ne peut pas bouder notre plaisir d'assister à quelques morceaux de bravoure en termes de mise en scène : d'abord, cette lumière hivernale en clair-obscur résonnant subtilement avec le travail de Gordon Willis ou Harry Savides. On doit s'attarder aussi sur cette trépidante séquence de course-poursuite commençant comme "Duel" et finissant comme "L'Impasse" ou celle où l'honnête Abel tient tête à ses concurrents lors d'un conciliabule de fond de restaurant.

Mais le film est très pénalisé par son fond bas-de-plafond. La dialectique honnêteté/hors-la-loi en restera à ses balbutiements, aucun camp ne phagocytera l'autre. Le réalisateur avoue maladroitement sa préférence pour l'intégrité coûte que coûte en lieu et place d'une analyse assez pointue qui aurait pu être faite sur la lente contamination du libéralisme (et donc aussi de l'Amérique) par le virus mafieux. Mais son attachement à vanter la vertu des bons entrepreneurs atteint vite ses limites. Pendant plus d'une heure (sur deux donc, c'est un peu long), on nous montre Abel contre tous, refusant catégoriquement d'armer ses chauffeurs pour lutter contre les vols de camions. On assiste aussi à des duels interminables entre Abel et un procureur scrupuleux.

La dialectique s'abîme de même dans une crise de couple désincarnée. Une scène de ménage tardive voit Abel refuser l'argent écrémé illégalement par sa femme pour conclure une transaction, il change d'avis le lendemain matin, sans tourments apparents, on peine à y croire. Enfin, "A Most Violent Year" frôle franchement le ridicule lorsque, après une séquence de tragique suicide, Abel nous fait la morale comme à des ados : Dans toute entreprise, l'important n'est pas le but mais le chemin, qui doit être le plus droit possible (au sens d'honnêteté, quelle leçon!).

Puisque le film est « written and directed by », il faudrait veiller à ce que J.C. Chandor ne vienne pas s'ajouter à la liste des cinéastes parfois surestimés à qui il faudrait donner des caméras mais confisquer les stylos (James Gray, Christopher Nolan, Xavier Dolan,…).
Auteur :FredOs
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