Critiques

Ablations : Sans saveur

Ce n'est une révélation pour personne, le genre est le parent pauvre du cinéma français. Sorti du drame social sans envergure ou de la comédie aux ficelles usées, on ne fait de succès qu'avec quelques polars, ce qui n'invite pas particulièrement les réalisateurs inspirés à sortir du moule. Reconnaissons au moins à Arnold De Parscau cette volonté admirable, celle de proposer un film « différent ». "Ablations" (distribué par Ad Vitam) met en effet un point d'honneur à ne ressembler à rien, thriller psychologique,  comédie noire ? Ni l'un ni l'autre, et voilà le spectateur coincé le cul entre deux chaises, entre un humour pas vraiment drôle et un noir pas vraiment noir.

Le scénario d'"Ablations" est l'œuvre de Benoît Delépine, et c'est là que réside le principal problème du film. Les talents d'écritures de Delépine paraissent plus que jamais sujet au doute : développement indigent, second degré mal définit, répliques illustratives dignes d'un feuilleton allemand des années 90… la liste est longue. Ce n'est pas l'interprétation qui relèvera le niveau, les acteurs sont en roue libre, dirigés sans conviction sans doute par un réalisateur trop jeune et trop préoccupé par des idées visuelles qui passent inaperçues dans la confusion ambiante. Impossible de compatir au désarroi de Viginie Ledoyen, de ressentir une quelconque fascination pour une parodie de femme fatale qu'une Florence Thomassin rend plus horripilante qu'autre chose…

Denis Menochet incarne un homme fier, qui suite à un vol de rein abandonne femme et enfants pour se lancer à la poursuite du voleur. Aussi barré soit le postulat de départ, dès les premiers pas de son enquête, les promesses tombent à plat. C'est à peine si le couple que forment Philippe Nahon et Yolande Moreau parvient à rendre attachant cet exercice  dépassionné et maladroit de film noir où s'entrechoquent sans résultats les pires clichés du genre.

Visiblement pétri de bonnes intentions, Arnold De Parscau parvient tout de même à démontrer son talent lorsqu'il s'agit d'illustrer la folie croissante de son personnage principal. Les quelques fulgurances visuelles rendent mieux compte de l'état d'esprit du protagoniste que le bloc inexpressif incarné lourdement par Denis Menochet. Ce qui dans un court-métrage aurait pu offrir un beau condensé de la capacité de De Parscau à choisir et filmer ses décors, à gérer ses éclairages, et donner un aperçu de son univers, devient dans un long-métrage un accompagnement inadapté à un plat sans saveur : "Ablations" est loin d'être la carte de visite idéale pour un cinéaste débutant.

Auteur :Gabriel Carton
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