6 décembre 2021
Critiques

Ablations : Tout est dit

Ce qu'on peut dire du premier long-métrage d'Arnold de Parscau, c'est que tout est dans le titre : "Ablations".
L'intrigue se résume effectivement à une simple phrase. Pastor Cartalas se réveille un matin après une soirée arrosée et constate qu'il lui manque un rein. Dès lors, il va enquêter et tout faire pour récupérer son organe volé. Mais ce qu'il est moins aisé de définir, c'est ce que nous montre le cinéaste.

On peut reconnaître a "Ablations" (distribué par Ad Vitam) une aura de mystère très entretenue et par conséquent captivante. On épouse rapidement la quête du personnage principal pour comprendre ce qui lui est arrivé et récupérer ce qu'on lui a subtilisé. On n'approuve, cependant, ni ses méthodes agressives, ni son comportement vis-à-vis du reste du monde. Il abuse de tous les gens autour de lui, l'obsession décuplant ses propres névroses et atteignant son paroxysme lorsqu'il pense avoir trouvé son rein.

La mise en scène est de qualité. On trouve de beaux plans, une musique qui donne le ton et les acteurs jouent à merveille. Toutefois, ce qui frappe avant les réussites citées précédemment, c'est le style visuel particulier, conférant a l'oeuvre un je ne sais quoi en plus. Des lumières parfaitement choisies, des séquences oniriques magnifiques et des effets techniques appuyés s'imbriquent pour former un ensemble inhabituel pour un film à priori grand public. Un parfait exemple étant le zoom/dézoom très lent sur les yeux de Virginie Ledoyen. Ces pirouettes cinématographiques peuvent sans doute être en partie attribuées à la volonté du réalisateur d'imposer une vision bien à lui, rappelant ainsi au spectateur que c'est son premier essai au format long-métrage.

Ces effets sont-ils bien utiles ? Ne donnent-ils pas l'impression de n'être que de la poudre aux yeux, le réalisateur cherchant à prouver tout ce qu'il peut faire ? Il vous appartiendra d'en décider. A vous, simplement parce qu'il est bien visible que ces procédés ne sont pas nécessaires pour transposer le scénario à l'image, mais c'est bien là l'intérêt du film, il décide par cette mise en scène de conter quelque chose de plus: Il ne raconte pas juste la recherche d'un organe dérobé, mais la pente fatale qu'un homme descend en refusant d'accepter son sort, nageant entre réel et hallucination. L'interprétation de Denis Ménochet est à saluer comme étant une performance poignante de vérité qui fait frémir le spectateur espérant qu'il trouvera ce qu'il cherche pour passer enfin à autre chose.

Un des rares reproches qu'on pourrait servir au film, c'est sa chute en demi-teinte, qui, à y bien réfléchir, ne laisse ni chaud, ni froid. Le cinéma français étant coutumier des fins décevantes, ce long-métrage ne fait pas exception, néanmoins il propose, malgré tout, une oeuvre simple qui a le mérite de présenter quelque chose de différent. Peu importe le fond, c'est ici la forme qui prime et quoi de plus naturel pour un art visuel comme le cinéma ?

Auteur :Chris Carlin
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