23 octobre 2019
Critiques

Ad Astra : L’obsession de conquête et d’inconnu

La critique du film Ad Astra

Par Elisa Drieux-Vadunthun


Souvenez-vous cette année, cette obsession qui a toujours habitée en particulier les Américains. L’envie de conquérir un jour les autres planètes qui englobent notre Terre et composent notre système solaire. L’engouement si important qu’il en fait presque peur, nous donne des frissons d’angoisse, quand la Lune sera enfin habitable par nous qui avons toujours fait en sorte d’avoir toujours plus, de ne jamais nous contenter de ce que nous avons en face.

Nous parlons bien ici de l’insatisfaction éternelle qu’ont les humains, alors qu’ils vivent sur la plus belle planète et cherchent aveuglement à posséder d’autres territoires extérieurs à notre immense « bille bleue », contenant déjà une si grande richesse. Nous parlons aussi de ces Hommes, ne profitant jamais de ce qu’ils ont en richesse matérielles, naturelles, mais surtout humaines… Quand je dis humaines, je parle d’un homme servant son pays, en exploitant notre très vaste univers, afin de nourrir davantage nos connaissances sur le monde extérieur, abritant le noir profond et ses petites étincelles qui ne cessent de briller. Un homme quittant sa famille pour chercher d’autres signes de vie, ailleurs, pour peut-être trouver des « merveilles » dans cet espace… alors que les plus belles merveilles qu’il possède sont juste devant lui.

"Ad Astra" réunit deux hommes : Roy et son père Clifford McBride (Brad Pitt et Tommy Lee Jones) qui, au détriment de leur famille, partent à la conquête de l’espace, de l’inconnu. Ils ne partent pas simultanément, des années les séparent. Pendant que Roy est sur Terre, alors que son père est resté et supposé mort lors de son dernier voyage spatial, Roy doit partir à sa recherche. Son père, grande figure héroïque aux yeux de tous et de son fils, porte sous ce masque de héros un visage bien sombre que Roy va au fur et à mesure découvrir.

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"Ad Astra" est le film qui m’a redonné véritablement goût à la science-fiction. Cette science-fiction que nous avons connue en débutant part "2001 L’odyssée de Kubrick", en passant par la saga "Alien" de Ridley Scott ou encore plus récemment "Interstellar" de Christopher Nolan. Ce film nous pose plusieurs problèmes, sur les plans esthétique et cinématographique, mais aussi moralement. "Ad Astra" nous remet beaucoup en cause. Ce chef d’œuvre, si on se permet de le dire juste un instant, n’est pas qu’une simple histoire de petits bonhommes verts qui se cacheraient au fin fond de l’univers. Non, c’est bien plus que cela. "Ad Astra" nous touche droit dans notre morale et notre psychologie.

Quand l’Homme détient presque une vérité, une découverte, il ne veut pas lâcher la chose tant qu’il n’a pas en mains véritablement la réponse aux questions que nous nous posons. L’Homme cherche toujours à aller plus loin et ne s’arrête jamais pour obtenir une vérité qui n’existe peut-être même pas. Le plus tragique dans tout cela est qu’il peut même y laisser sa vie. "Ad Astra" nous fait prendre conscience que l’humain est égoïste, nombriliste et un éternel insatisfait.

La recherche de vivre dans un au-delà parmi les étoiles, a toujours été plus ou moins présent dans les films de science-fiction. Cette idée, sans même être explicite dans les films, se faisait ressentir quand nous avions à l’écran des humains, partant dans leur vaisseau pour vivre sur Mars, Neptune ou la Lune tout simplement. Depuis des années, les Hommes cherchent à savoir l’existence ou non de vie sur Mars, la présence d’eau. Ils ont plus ou moins trouvé quelques réponses à cela, mais tout cela pour quoi ? Pour espérer à chaque fois s’évader de leur planète Terre, tout comme Roy McBride.

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Pourquoi vouloir fuir un endroit pour en conquérir un autre ? Et pour cela il faudra passer par implantation de nouvelles technologies, mise en place d’un système respirable adapté à notre fonctionnement de vie. Cette lubie obsessionnelle de laisser dans un pitoyable état la Terre, pour recommencer la même chose sur la Lune est assez irritant. Roy fuit, plus ou moins volontairement, lors de ses voyages lunaires, ses problèmes sur Terre pour rejoindre un fantasme qui n’apporte certainement rien à sa vie.

James Gray a fait en sorte de nous transporter dans un univers à la fois onirique, inaccessible, inconnu, mais de plus cet univers parfois, par exemple sur la Lune, ressemble étrangement à ce que nous avons déjà sur Terre. Pas si étonnant quand on sait que James Gray situe son histoire dans un futur proche. Ce qui nous immisce, dans ce qui semblerait presque un monde imaginait par Roy McBride, qu’il se construit au fur et à mesure de son voyage, ce sont les jeux de lumières ; la palette de couleurs astrales ; les flash-backs silencieux imprévus ; certains ultra-sons par-ci, par-là ; mais surtout les instruments qui composent la BO du film.

Le réalisateur se joue de nous, car il nous transporte et nous perd dans le temps comme Roy. On ne voit pas le temps passer, on perd le fil, mais on traverse le temps, comme notre protagoniste. Il n’y a presque pas d’actions dans "Ad Astra" et on ne nous bombarde pas de bruitages violents, mais le fait d’avoir le silence de l’espace, accompagné de musiques qui s’en vont crescendo, on ne sait plus faire la part des choses : sommes-nous avec Roy ou sommes-nous simples spectateurs étant assis depuis 2h devant un écran ?

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