23 septembre 2019
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Adèle Blanc-Sec : Une hérésie absolue

C'est un fait, Luc Besson en a toujours pris plein la gueule, dès ses débuts ou presque - "Le dernier combat" avait plutôt plu en son temps. On lui reprochait d'être un éternel ado filmant avec emphase et naïveté des histoires au fort potentiel mais peinant souvent à dépasser la profondeur psychologique de n'importe quel roman de gare. Ce Besson-là avait prévenu qu'il s'arrêterait après dix films, et c'est en effet ce qu'il a fait. Car "Angel-A", "Arthur" et "Adèle" ne sont pas l'oeuvre du même Luc Besson, c'est impossible : au mieux, ces films émanent d'une sorte de clone un peu foiré qui aurait l'humour potache et pas drôle de son modèle mais auquel manquerait le bagage technique et l'ambition de raconter de grandes histoires pour faire rêver le public.

Le Luc Besson 2.0 est une sorte de faiseur à la fois rapide et mou, qui enchaîne les projets impersonnels en s'abandonnant totalement à une logique consumériste. "Les extraordinaires aventures d'Adèle Blanc-Sec" - quel titre étouffe-chrétien - compile apparemment quatre ou cinq des albums consacrés par Tardi à cette journaliste feuilletoniste qui, si on en croit notre cervelle, brillait dans la version papier par son côté sombre et ses idées noires. Ce qui contrastait idéalement avec le dessin plutôt doux - mais pas confortable - de l'artiste. Ici incarnée par une Louise Bourgoin sans intérêt - non, ce n'est pas un pléonasme, bande de médisants -, Adèle est devenue une sorte de Tintin à peine moins premier degré, à la personnalité tellement interchangeable qu'elle aurait pu s'appeler Bécassine, Spirou-girl ou autre sans que cela puisse choquer qui que ce soit.

Et la voici au coeur d'une aventure dont on peine à saisir les enjeux, mêlant une momie, un ptérodactyle, un méchant qu'on ne voit jamais - comme dans "La revanche de Maltazard", tiens - et des sidekicks absolument improbables. Tous semblent s'amuser comme des petits fous, d'un Mathieu Amalric pathétique en sosie de John Hurt à un Gilles Lellouche qui nous la joue Eddie Murphy dans "Le professeur Foldingue".

Car oui, c'est à ce niveau de comparaison que se situe le film, dont l'humour absolument pourrave semble être le seul et unique cheval de bataille. Voulant à tout prix faire venir du monde dans les salles et s'assurer la possibilité de tourner un "Adèle 2" - c'est hélas bien parti -, Besson livre un film ressemblant régulièrement à une tentative par Jean-Paul "Belphégor" Salomé de se prendre pour Jean-Pierre Jeunet, avec sa petite vois off douillette, ses hasards et coïncidences, son côté rétro trop appuyé et son héroïne qui voudrait rivaliser avec les deux personnages incarnés par Audrey Tautou chez JPJ.

Résultat : aucun style, et l'impression d'assister au spectacle le plus vide qu'il ait été donné de voir depuis des années. Le film se débat comme un poisson hors de l'eau entre des effets visuels souvent miteux, des décors naphtalinés jusqu'à vous donner la nausée et des gags poussifs à base de déjections et de faux bons mots, comme si un monteur pervers avait mis bout à bout toutes les vannes écrites par Besson pour le demi-milliard de productions EuropaCorp sorties ces quinze dernières années. "Adèle Blanc-Sec" est une hérésie absolue pour les fans de Jacques Tardi, mais c'est avant tout une souffrance, une vraie, qui devrait réunir la grande majorité du public par la consternation qu'elle devrait provoquer.
Auteur :Thomas Messias
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