24 octobre 2020
Critiques

Adieu les cons : Dupontel est génial !

Par Jérémy Joly

Albert Dupontel est le réalisateur de plusieurs films à l'univers déjanté et désopilant : "Bernie" (1996), "Le Créateur" (1999), "Enfermés dehors" (2006) et "Le Vilain" (2008). Lui qui avait déclaré, en 2006, pour Studio Magazine : « Le but ce n'est pas de faire du cinéma, mais son cinéma », avait réussi à créer un style particulier et sans précédent. En 2017, il adaptait le roman de Pierre Lemaître, Prix Goncourt en 2013, "Au revoir là-haut" qui remporta un succès mérité et le César de la meilleure réalisation ainsi que celui de la meilleure adaptation. En 2020 sort son nouveau film au titre piquant : "Adieu les cons" (distribué par Gaumont).

"Adieu les cons", c'est l'histoire de Suze, jouée par la remarquable Virginie Efira, qui apprend par son médecin qu'elle est gravement malade et qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Elle se met alors une idée en tête : partir à la recherche de l'enfant qu'elle a eu durant son adolescence alors qu'elle avait accouché sous X. Elle croise la route d'un fonctionnaire dépressif, un certain JB, et d'un joyeux archiviste qui l'aideront à aller jusqu'au bout de sa quête.

Tout le long du film, Albert Dupontel utilise des sujets graves, dramatiques, par exemple une tentative de suicide, un accident de voiture, la maladie ou le handicap et il incorpore une petite dose d'humour intelligent donnant un résultat très tendre. Pour la tentative de suicide, nous voyons un employé (joué par Dupontel) qui vient d'apprendre qu'il s'est fait virer, son travail semble représenter toute sa vie. Désespéré, il prend la décision de se suicider, il pleure. Cela paraît totalement tragique. Toutefois, dans son message d'adieu filmé, le monologue est drôle sans tomber dans l'exagération. Puis, il rate son suicide de manière hilarante. Les ingrédients de Dupontel pour réussir à faire rire sont le choix de sujets sérieux et parfois difficiles, il y ajoute une réalisation soignée et un montage donnant un rythme parfait à la scène. Il réussit à créer le bon dosage entre la comédie et le drame. Le côté dramatique prend le dessus dans les scènes non dialoguées, avec une belle musique de surcroît.


Lors d'une scène, "Adieu les cons" nous plonge dans une certaine nostalgie, où l'on découvre un quartier où un cinéma a disparu et un bar fermé à l'abandon. Albert Dupontel semble regretter une époque qui n'existe plus de nos jours, tout en gardant un effet comique. "Adieu les cons" aborde des problèmes actuels avec un regard amusé, mais tout en pointant du doigt ce qui le concerne. Dans une scène, nous apprenons que l'archiviste est devenu aveugle suite à une bavure policière, un tir de paintball, alors qu'il était innocent. Ce passage reflète une triste actualité récente. Cependant, Albert Dupontel a écrit le scénario de ce film il y a trois ans, il était visionnaire semble-t-il... D'ailleurs, la police en prend pour son grade dans "Adieu les cons".

Albert Dupontel s'entoure d'acteurs talentueux auxquels il offre des personnages secondaires hauts en couleurs et dans lesquels les acteurs s'épanouissent et donnent le maximum de leur ingéniosité. Nicolas Marié, acteur fétiche du réalisateur, est sublime dans le rôle d'un archiviste aveugle dont le handicap lui joue des tours durant cette aventure mais dont l’enthousiasme encourage ses compères. Jackie Berroyer est éblouissant dans ce rôle de médecin atteint d'Alzheimer, un personnage à la fois drôle et touchant. Bouli Lanners est un docteur très maladroit lorsqu'il donne son diagnostic. Michel Vuillermoz est un psy dont les analyses sont étranges. S'ajoutent d'autres acteurs aux visages familiers dans des petits rôles comme Philippe Uchan, Yves Pignot, Grégoire Ludig et David Marsais (du Palmashow) ou encore Terry Gilliam dans un caméo étonnant.

Albert Dupontel est bel et bien un dialoguiste doué qui écrit des répliques au style unique. Avec "Adieu les cons", Albert Dupontel signe son meilleur film, dont la fin vous scotchera au siège de votre cinéma.


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