21 janvier 2022
Critiques

Adieu Monsieur Haffmann : Presque une réussite

Par Marine Fersing



Fred Cavayé réalise avec "Adieu Monsieur Haffmann" une adaptation intéressante de la pièce du même nom de Jean-Philippe Daguerre. Il s’attaque à un événement historique compliqué avec une beauté qui n'atteint, malheureusement, pas son paroxysme.

Le film débute en 1941. La période de l’occupation allemande en France. Le personnage de Daniel Auteuil, Joseph Haffman, est un bijoutier juif qui se cache dans la cave de son ancienne boutique de bijoux appartenant désormais à François Mercier (Gilles Lellouche) et Blanche (Sara Giraudeau). "Adieu Monsieur Haffmann" évoque bien évidemment la question de l’antisémitisme. Mais elle ne constitue pas le seul propos du film. Au fur et à mesure, le thème de la violence conjugale prend le dessus. Ce qui nous offre ainsi une histoire sur la Seconde Guerre mondiale encore peu montrée au cinéma.

Le parfait anti-héros

Dans "Adieu Monsieur Haffmann", Gilles Lellouche campe un personnage qui a tout pour être détestable. Il est malsain, arrogant, violent. Qui plus est, il sympathise avec les militaires allemands. L’un des grands atouts du film est de réussir à faire monter la tension en accentuant toujours plus l’aspect ingrat du personnage de François Mercier. Au départ, il a tout de l’homme parfait. Il accepte un accord avec son patron juif et quand ce dernier se retrouve piégé à Paris à cause des contrôles d’identité, il lui propose de le cacher dans la cave.

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Copyright Vendôme Production - Daniel Auteuil, Gilles Lellouche et Sara Giraudeau

Rien ne laisse présager la terreur que le personnage va répandre à la suite. Petit à petit, François commence à être plus agressif et les paroles manipulatrices envers sa femme finissent par en faire un personnage détestable. Gilles Lellouche parvient très bien à jouer ce glissement transformant le héros François Mercier en anti-héros. Mais, Gilles Lellouche n’est pas la seule force du film. Il forme avec Daniel Auteuil et Sara Giraudeau un puissant trio. Sara Giraudeau et son personnage Blanche sont sûrement les plus intéressantes du film. L’actrice fait preuve d’une très grande sensibilité et elle arrive véritablement à nous émouvoir.

Blanche, quant à elle, est un personnage féminin comme on souhaiterait en voir davantage. Certes, elle est quelque peu effacée au début du film, mais elle finit par être celle qui rétablit la paix dans sa vie et celle de Joseph en laissant son mari François se faire arrêter par des militaires allemands. Ce personnage de Blanche est à l’image du scénario : il fait découvrir aux spectateurs une nouvelle vision de l’histoire, une vision longtemps restée dans l’ombre. "Adieu Monsieur Haffmann" séduit car on ne s'ennuie pas et que, si l’on ne connaît pas la pièce dont est adapté le film, la fin en surprendra plus d’un.

Un potentiel mal exploité

Malgré une très belle bande originale composée par Christophe Julien (également compositeur de celle de "Adieu les cons"), l’émotion se fait attendre. Les lamentations des instruments à cordes peinent à nous bouleverser, faute d’une mise en scène trop basique. Fred Cavayé ne prend pas de grand risque avec celle-ci, il ne sort pas de l’ordinaire. Les décors sont très beaux et certains plans le sont aussi, mais la mise en scène nous laisse sur notre faim.

"Adieu Monsieur Haffmann" reste un film intéressant à voir pour la performance de ses acteurs qui arrivent à nous maintenir dans la dure histoire de ce trio tout de long du film.

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