Critiques

Adieu Paris : Tous au restaurant !

Par Jérémy Joly

Édouard Baer est un homme aux multiples talents, que ce soit dans le domaine de la radio, au théâtre ou bien au cinéma. Il est à la fois auteur, metteur en scène, acteur, producteur, animateur, scénariste, producteur et enfin réalisateur. En 2000 sort son premier long-métrage, « La Bostella », où il parodie le monde de la télévision. Après un projet abandonné, il réalise « Akoibon », une comédie avec un escroc comme personnage principal. Plus récemment en 2015, dans « Ouvert la nuit », Édouard Baer nous emmène dans l'escapade nocturne d'un metteur en scène qui tente de sauver sa pièce.

Dans son nouveau long-métrage intitulé « Adieu Paris », Édouard Baer nous invite au restaurant, un lieu qu'il apprécie particulièrement, ce n'est un secret pour personne. Nous découvrons une bande d'amis d'un certain âge qui sont des grandes figures du microcosme artistique parisien. Parmi eux se trouvent un écrivain, un sculpteur, un chanteur, un philosophe, un directeur de théâtre et un acteur.


Un huis-clos tendre et joyeux
« Adieu Paris » est un huis-clos, pratiquement toutes les scènes se déroulent dans le restaurant. Édouard Baer a choisi de poser sa caméra dans le somptueux cadre de « La Closerie des Lilas ». C'est dans cette atmosphère chaleureuse que ces hommes se retrouvent régulièrement pour déjeuner. Les bouteilles de vin s'enchaînent et une daube est servie avant d'être savourée. Sans trame scénaristique précise, « Adieu Paris » est un éloge de l'amitié, celle qui a perduré pendant des décennies. Le film montre la beauté de cette amitié avec sa force, le fait de partager un moment ensemble pour oublier ses problèmes. Mais il y a aussi les failles avec les disputes ou les relations qui s'épuisent avec le temps.


Un casting appétissant
« Adieu Paris » repose sur une distribution solide. Tout d'abord, il y a Benoît Poelvoorde, le seul présent sur l'affiche du film. Parfois en roue libre, partant dans l'excès comme à son habitude, il ne tombe cependant jamais dans le ridicule. Puis de temps en temps, il est plus dans la retenue, ce qui donne des scènes touchantes, comme celle où il pousse la chansonnette. Il est accompagné par un Pierre Arditi colérique et borné, un François Damiens en sculpteur médiocre ou encore un Bernard Le Coq en vieux dragueur pathétique.

Adieu-Paris2
Édouard Baer, Benoît Poelvoorde et François Damiens sur le tournage du film "Adieu Paris" - Copyright Cinefrance 2021
D'autres acteurs sont plus secondaires mais tout aussi talentueux. Citons par exemple Daniel Prévost et son rire mémorable, Jackie Berroyer et son regard attendrissant ou encore Jean-François Stévenin dans l'un de ses derniers rôles. Enfin, n'oublions pas de mentionner la présence de Gérard Depardieu, monstre du cinéma qui est bon quel que soit son personnage. Sans ces acteurs, le film perdrait une grande partie de sa saveur. Édouard Baer arrive à tirer le meilleur de ses comédiens et n'hésite pas à les laisser s'aventurer dans l'improvisation.

Entre réalisme et théâtralité
Le film est très bavard, il n'y a jamais un moment de silence. Mais vous ne retrouverez aucune réplique qui ne deviendra culte. Les dialogues sont simplement des discussions de comptoir plus ou moins profondes. Les personnages parlent d'art, d'argent, des souvenirs passés et même des médicaments de façon burlesque. Il arrive que l'un propose un bon mot ou qu'un autre lance une plaisanterie. Ces dialogues reflètent simplement la vie avec ces moments où les rires prennent le dessus et d'autres où le ton monte. Cependant, il est difficile de ne pas imaginer ce film en pièce de théâtre, par son huis-clos et par sa mise en scène. Dans certaines scènes, les acteurs jouent comme s'ils étaient sur une scène plutôt que sur un plateau de cinéma. La réalisation d’Édouard Baer est toutefois dynamique et met en valeur les interprètes.

« Adieu Paris » permet aux spectateurs d'être à table en compagnie d'une belle brochette d'acteurs et de passer un moment agréable.



Tous nos contenus sur "Adieu Paris" Toutes les critiques de "Jérémy Joly"

ça peut vous interesser

Champagne ! : Un goût de déjà bu

Rédaction

C’est magnifique ! : Un conte moderne

Rédaction

Hommes au bord de la crise de nerfs : Drôle de thérapie

Rédaction