27 février 2020
Critiques

Adoration : L’innocence de l’amour fou

Par Alexa Bouhelier Ruelle

Bien avant "Adoration", Fabrice Du Welz débutait sa carrière en 2004 avec "Calvaire", un film d’horreur gore dans le style de "Délivrance" (dans lequel un chanteur perdu au milieu des Ardennes se faisait séquestrer par un villageois qui le prenait pour la réincarnation de sa femme décédée). De ce premier volet naîtra le thème principal de la trilogie de Fabrice Du Welz : l’amour fou au sens le plus littéral du terme.

Deuxième entrée en 2014 avec "Alléluia", tout aussi macabre mais accompagné d’un léger sentiment de poésie. Cette fois-ci, avec "Adoration", Fabrice Du Welz signe un film avec en son centre un amour adolescent. "Adoration" demeure cruel et plein de désespoir, mais ces thèmes sont entremêlés avec une innocence assez juvénile, dépeignant une vision de l’amour sous sa forme la plus pure, mise à mal par la perversion des adultes. Chez le cinéaste, l’amour est définitivement une maladie qui pousse les êtres aux plus beaux gestes, ainsi qu’aux actes les plus cruels.

Dans "Adoration", Paul un adolescent solitaire fait la rencontre de Gloria, la nouvelle jeune patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Paul tombe amoureux fou de la jeune fille au passé plus que trouble, et s’enfuit avec elle loin du monde des adultes. Dans leur fuite, les deux jeunes héros sont plongés en pleine nature qui forme un Eden, écrin idéal pour leur fable romantique qui est mise en scène tel un rêve. Un songe marqué, dès ses premiers instants de liberté, par une fragilité indéniable.

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Benoit Poelvoorde - Copyright The Jokers

Ce couple d’adolescents est interprété par des acteurs impliqués et totalement dédiés à l'ensemble. Thomas Giona et Fantine Harduin sont incroyables de sincérité, deux stars montantes du cinéma francophone. Fantine Harduin incarne Gloria une jeune fille dont le regard transmet la tristesse de mille vies et en dit plus sur la mort, la souffrance et le mal que mille mots. De son coté, Thomas Giona nous présente un adolescent à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession, et qui, lui, donnerait sa vie sans réfléchir pour la jeune fille qu’il aime. En effet, son altruisme se transforme très vite en un amour inconditionnel : une Adoration.

Fabrice du Welz signe avec "Adoration" un film à la fois poétique et contemplatif, à travers une mosaïque de couleurs symbolisant le parcours de ce couple d’adolescents tout au long du récit ; des couleurs changeantes sublimées par les décors et les jeux de lumières, au milieu du cadre singulier des Ardennes qui fait écho aux tourments psychologiques des personnages. Un environnement simple et épuré dominé par la nature, qui donne à "Adoration" sa dimension aussi bien hallucinatoire que poétique.

La seule force disruptive dans ce paysage est Gloria. A aucun moment, le réalisateur nous explique sa maladie ou son passé sombre qui se cache derrière chaque histoire qu’elle raconte. Comme Paul, le spectateur se retrouve démuni face à ces moments de folie, de colère et de violence incroyable que traverse la jeune fille. C’est ce qui distingue ce dernier film de Fabrice du Welz. Ici, l’amour n’est pas fou, mais cette dévotion qu’éprouve Paul pour Gloria nous présente un amour pur et une innocence touchante.

"Adoration" se découvre telle une lettre d’amour à ce sentiment, mais aussi à la souffrance. Un récit délicat, singulier et surtout visuellement sublime.

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