6 décembre 2021
Critiques

Affamés : La faim est proche

Par Yaël Djender

Par manque d'originalité, voire plus globalement par manque de matière cinématographique proprement dite, "Affamés" devient très vite un film ennuyant et oubliable. À défaut d'apporter le grand frisson, il offre au moins au spectateur une place au chaud pendant une heure et demie.

Ô désespoir, ô terrible impression de quitter une projection sans une once de chambardement sentimental, sans la moindre petite piqûre émotionnelle pour l’œuvre observée. Comme seul dans la pesante ambiance d'une indifférence de tous les instants. Cette envolée lyrique introductive, aussi hyperbolique qu'elle puisse sembler, a pourtant l'air de tomber à propos lorsqu'il est question de se livrer sur "Affamés". Il n'est, en pareilles circonstances, pas très fantasque d'affirmer que le long-métrage de Scott Cooper (produit par Guillermo Del Toro himself) a tout de la production horrifique lambda, vouée à passer inaperçue.

Est-ce alors la flemmardise hollywoodienne contemporaine ? Le défaut d'ambition de l'équipe en charge du projet ? Ou le manque de prise(s) de risque artistique(s) qui tendent à rendre cet ensemble si insipide ? Les réponses n'aimant pas se faire attendre. Autant dire, d'emblée, que la difficulté est bel et bien multilatérale. Pour le plus grand malheur du cinéphile…

D’intérêt modeste en terreur limitée

Tout bon film repose, en premier lieu, sur une intrigue solide. Cela tient de l’évidence. Sauf que, surprise, "Affamés" de Scott Cooper n'en a pas tellement à revendre. Il y a, certes, une sorte de semi-fascination naît autour de la nébuleuse transformation du père et de son plus jeune enfant, de l'amour d'un fils qui s'enfonce dans l'horreur pour rester près d'eux et de l'inquiétude d'une enseignante qui voit en son élève le reflet d'une vie de ténèbres. Ce contexte peut même se révéler intriguant par intermittences.

Toutefois, il demeure difficile, sinon impossible, de trouver des pans captivants assez longs dans ce scénario pour pouvoir y dénicher un intérêt global. Ce dernier roule alors à tombeau ouvert vers des banalités de films d'horreurs bon marché. Dommage que la meilleure partie du script soit donc tout simplement la nouvelle dont il est adapté, à savoir "The Quiet Boy" de Nick Antosca.

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Keri Russell, Jeremy T. Thomas et Jesse Plemons - Copyright Walt Disney Germany

Ce premier pilier du 7ème art en amène un autre, qui lui est bien propre à une belle réussite dans le genre : le besoin viscéral de faire peur. Et, là encore, c'est raté dans les grandes lignes. Bien entendu, certains passages ne sont pas tout à fait comparables à une belle balade rurale une après-midi d'automne. Il est donc nécessaire de déconseiller le film aux publics les plus sensibles.

Mais, du reste, le grand frisson se fait désirer avant de ne jamais venir. La faute à une réalisation souvent trop approximative pour permettre l'immersion totale. La pauvreté horrifique est en conséquence compensée autant que faire se peut par des cris bestiaux à outrance et un gore superflu. Cependant, la mayonnaise ne prend pas ! Le plat tourne à l'indigeste ascendant ridicule quand il s'agit de montrer la violence d'un papa "possédé"...

Un film prosaïque et prévisible

Côté performances, le bilan est tout aussi mitigé, voire même plutôt déséquilibré. Là où Keri Russell (Julia Meadows) et Jesse Plemons (Paul Meadows) jouent de manière linéaire et quelque peu distante le cliché très niais de l'enseignante inquiète au lourd passé et du Shérif désabusé qui se met à croire au mystique, Jeremy T. Thomas (Lucas Weaver) est assez convaincant dans le rôle (non moins cliché) du garçon étrange. Sa présence à l'écran est malsaine juste ce qu'il faut. Elle illumine de temps à autres le bien sombre tableau critique qu'il est possible de dresser à l'encontre de "Affamés". L'histoire de la famille ours telle qu'il la raconte ferait presque froid dans le dos !

Le mal d'interprétation n'est toutefois ici que le corollaire d'une approche trop je-m'en-foutiste des dialogues qui, à nouveau, sentent le mauvais déjà-vu des téléfilms d'horreur dans leurs pires moments, ou la copie bien trop pâle d'un "Ça" dans leurs meilleurs. Voilà qui est bien trop faible pour prétendre à quelque sacre que ce soit, commercial comme critique.

"Affamés" n'est donc ni fait ni à faire. Le film révèle de risibles canines à l'heure où il devrait sortir les crocs. Sa carence en identité propre, ses lacunes scénaristiques et son exécution trop mollassonne ne lui permettent pas de prétendre au succès. Et bien qu'il ne soit pas un vulgaire détritus, le visionnage du film de Scott Cooper apparaît totalement dispensable pour la simple et bonne raison qu'il ne tape pas là où tout film d'horreur qui se respecte devrait le faire : dans l'effroi. Difficile, dans cette situation, d’être clément à son égard.

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