5 décembre 2021
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Agents Secrets : L’armée des ombres

Après l'excellent "Scènes de crimes" qui nous plongeait dans le quotidien des profilers, Frédéric Schoendoerffer nous convie cette fois avec "Agents Secrets" à une immersion en apnée dans le monde des agents secrets, loin des divertissements siglés 007, au plus près d'un microcosme traversé d'ambiguïtés et de paradoxes. Un film intelligent, percutant et subtil qui confirme l'importance d'un cinéaste français ambitieux et efficient.

L'ouverture d'"Agents Secrets" est ainsi d'une redoutable efficacité, digne du meilleur cinéma hollywoodien, où Frédéric Schoendoerffer crée une atmosphère intrigante, installe un climat tendu, par le seul biais d'une séquence dépourvue de dialogues mais par laquelle le spectateur plonge dans l'univers violent, à l'abri des regards, des agents secrets. L'histoire, lointainement inspirée de l'affaire du Rainbow Warrior, s'attache à la mission du capitaine Georges Brisseau (Vincent Cassel, magnétique), chargé par ses supérieurs de la DGSE de couler un cargo arrimé dans le port de Casablanca. Pour l'aider, trois agents l'accompagnent dont Lisa (Monica Bellucci, virtuose sans ostentation), déterminée à décrocher après cette opération.

Pris dans la fièvre et les rouages de ces préparatifs, le spectateur est ainsi emporté par le tourbillon d'une intrigue rondement menée, ponctuée de rebondissements crédibles échafaudant un suspens qui va crescendo. Dépourvu d'effets spéciaux, gadgets ou invraisemblances notoires, le récit s'appuie avant tout sur un scénario solide, mais pas asphyxiant, secrétant une foule de détails invisibles qui confèrent à l'ensemble une belle crédibilité. Méticuleux, attentif à la cohérence de son film, soucieux d'un bel équilibre entre scènes d'action et séquences propices à la réflexion sur l'engagement de ces professionnels de la guerre souterraine, ce no man's land où tous les coups sont permis, Frédéric Schoendoerffer signe une œuvre sèche et nerveuse qui va à l'essentiel sans négliger l'accessoire.

Il ne s'autorise aucune facilité ni complaisance (seules deux scènes oniriques paraissent superflues) et tente d'approcher l'ivresse provoquée par ces opérations spéciales exécutées en toute impunité, là où sens du devoir et absence de morale font bon ménage. Il montre comment un bon soldat rompu aux règles de l'art peut se métamorphoser en agent imprévisible, électron libre qu'il importe alors de supprimer sous peine de mettre en danger tout le service («La désobéissance est une trahison» juge l'un de ses supérieurs).

Cependant, le propos du film développe toute sa pertinence grâce à une distribution impeccable où les comédiens incarnent avec justesse des personnages crédibles et convaincants. Faux couple à l'écran et vrai couple dans la vie, Monica Bellucci et Vincent Cassel poursuivent leur lune de miel cinématographique (déjà sept films où ils partagent l'affiche !) avec deux beaux rôles complexes et troubles qu'ils interprètent avec une subtile sobriété en osmose avec la tonalité du film.

Auteur :Patrick BeaumontTous nos contenus sur "Agents Secrets" Toutes les critiques de "Patrick Beaumont"

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