20 janvier 2021
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Agents Secrets : La critique

Après les flics dans "Scènes de crimes", Frédéric Schoendoerffer passe au crible le métier d'agents secret dont il fait apparaître l'envers du décor officiel. Tel un médecin légiste chargé d'effectuer l'autopsie de la face cachée d'un métier en apparence séduisant car hors-du-commun, Frédéric Schoendoerffer fait tomber le mythe de l'agent secret et révèle la nature pervertie de valeurs humaines tombées dans la fange d'une illégalité amorale : la confiance est une trêve momentanée de trahison; l'amitié est un échange tacite de services, une dette à payer pour une main forte prêtée; l'honnêteté et la loyauté ne sont que supercheries sous couvert de franchise destinée à endormir la méfiance des moins bons; dans ce milieu où tout est officieux, la réalité apparaît comme une vérité dont les tiroirs seraient remplis de mensonge.

Frédéric Schoendoerffer suit, avec un réalisme mâtiné de compassion impressionnant, le quotidien du Capitaine Georges Brisseau et de Lisa, 2 agents secrets qui vont prendre conscience qu'ils sont liés corps et âme à leur métier. Ils sont entraînés dans des manœuvres dont ils ignorent les finalités. En filmant ses personnages au plus près, Frédéric Schoendoerffer capte les sentiments qui les habitent et fait de nous les témoins privilégiés de leur vie. Frédéric Schoendoerffer nous livre quelques clés pour nous permettre de comprendre que l'existence d'un agent secret, en apparence si excitante, n'est en réalité qu'un jeu de mascarade, de tromperies ourdies en coulisse, de duplicité. Une pseudo-existence en somme. Etre agent secret, c'est aussi souffrir de devoir tronquer et falsifier constamment sa propre identité. Toute leur vie, ils vont devoir faire semblant et tricher avec eux-mêmes. L'œil objectif de la caméra de Frédéric Schoendoerffer montre combien le masque d'agent secret défigure et dénature l'être humain qui le porte, tant il est pétri de trahisons inavouées et inavouables.

L'idée promettait d'être des plus palpitantes. Seulement voilà, le problème, c'est que Frédéric Schoendoerffer oscille en permanence entre action et réflexion, mais que ces deux éléments ne cohabitent pas toujours bien ensemble. Il a voulu faire un film hors des sentiers battus mais ne s'est pas affranchi des clichés éculés du film d'espionnage et d'action. De ce fait, il ne parvient pas à faire passer les rebondissements aux allures hollywoodiennes (faits de coups de feu, de sang, de courses-poursuites…) comme des évidences naturelles appartenant au lot quotidien des agents secrets. Du coup, Frédéric Schoendoerffer nous laisse entrevoir plutôt que voir la psychologie et l'état d'esprit des personnages. Les sentiments palpables à l'écran manquent de densité et l'analyse, pourtant très documentée de l'intériorité de ces êtres pris dans le feu de la tourmente, paraît bien maigrichonne. A cause de cette hésitation entre film d'auteur et production américaine, le scénario donne l'impression de tourner à sec, de stagner, comme englué dans les scènes d'action stéréotypées dont est émaillée le récit.

Notre intérêt s'amenuise au fil du film, vu le manque de véritable évolution. C'est d'autant plus dommage que la deuxième bonne idée de Frédéric Schoendoerffer est de s'appuyer sur une interprétation de qualité de la part de Monica Bellucci et Vincent Cassel dans des rôles à contre-courant de leur image glamour. Ils incarnent le couple vedette d'agents secrets liés par une relation qui ne peut aller au-delà de l'amicalité en raison du carcan rigide dans lequel leur profession les enferme. Et il faut bien reconnaître qu'ils seraient déchirants de vérité si leur performance ne pâtissait d'une histoire laissant le spectateur en surface. Car ils sont sublimes dans leur capacité à exprimer l'état de tension permanente et de solitude de leurs personnages respectifs. Ils portent sur leur visage les stigmates d'une certaine lassitude et révèlent leur intériorité déréglée. Les valises qu'ils ont sous les yeux sont des bagages qu'ils ont de plus en plus de mal à porter tant le non-sens et l'amoralité de leur vie leur paraît peser des tonnes. N'oublions pas pour autant de souligner la présence complice d'André Dussollier et de Charles Berling (déjà présents dans "Scènes de crimes"), tous deux impeccables.

Eu égard à la performance des acteurs, la déception est d'autant plus grande que ce film atypique ne tienne pas toutes ses promesses… comme le prouve la fin abrupte qui tombe comme un cheveu sur la soupe et que le réalisateur a qualifiée d'ouverte, faute de mieux.

Auteure :Nathalie Debavelaere
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