14 décembre 2019
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A.I. Intelligence artificielle : Trop naif

Est-il encore besoin de raconter la naissance d' «A.I.» dans l'esprit de Stanley Kubrick, producteur et scénariste du film, qui a confié le projet à celui qu'il jugeait seul capable de réaliser ce film, Steven Spielberg ? On en a beaucoup dit sur «A.I.» depuis 2 ans (depuis la mort du maître en 1999) et donc, forcément, on en attendait beaucoup. Malheureusement, autant le dire tout de suite, «A.I.» n'est pas à la hauteur. Ni à la hauteur des attentes, ni à la hauteur du scénario, ni à la hauteur de Kubrick, ni même à la hauteur de Spielberg. 

Nous sommes plusieurs siècles après l'an 2000, les calottes polaires ont fondu, toutes les grandes villes côtières sont sous l'eau, New-York est noyée et il n'en dépasse plus que quelques tours (dont… ben, oui, forcément !). Les ingénieurs ont appris à construire des robots à notre image, capable de se conduire comme des humains… ou presque, car un obstacle subsiste : ils n'ont pas de sentiments. Le Pr Hobby décide de créer un enfant capable d'aimer ses parents adoptifs et de se faire aimer par eux. La première famille à tester cet enfant "méca" (mécanique), David, est un couple dont le fils, victime d'un accident deux ans auparavant, est cryogénisé dans un labo en attendant un miracle. Et le miracle survient. Ce qui ne manque pas de créer quelques problèmes de cohabitation entre les deux enfants, le vrai et le faux (qui ne comprend pas pourquoi il n'est pas un vrai).

C'est là commence l'aventure… et les lourdes références Walt Disneytesques. La mère va abandonner David dans la forêt (rappelez-vous Rox et Rouky), qui se retrouve confronté au monde extérieur (et cruel!) qu'il ne connaît pas (rappelez-vous..; tous lesfilms de Walt Disney!). Son unique objectif est alors de trouver la Fée Bleue, celle qui, dans le conte, transforme Pinocchio en vrai petit garçon. Il sera aidé dans sa quête par Gigolo Joe (un "méca" conçu pour être l'amant parfait et une des bonnes idées du scénario, malheureusement, peu exploitée) et Teddy, son ours "méca" en peluche, qui court d'une façon rigolote et suit Joe et David partout (le petit animal sympa, acolyte des héros… ça vous rappelle pas quelque chose ?). L'enfance, les rêves, les limites de la science… on baigne dans les grands thèmes Spielbergiens et , du même coup, on se retrouve confronté aux grandes questions qui les accompagnent : Spielberg est-il capable de mettre en scène des enfants sans être mièvre, de parler de l'éthique scientifique sans rebattre des évidences, etc.

Spielberg fait preuve ici d'un tel manque de subtilité, qu'on peut se demander s'il n'a pas passé trop d'années à produire des films sur les dinosaures !  Au delà d'une histoire qu'on a l'impression de déjà connaître, et entre une intro un peu niaise et une conclusion ridicule et interminable, il reste… le nœud du film, divertissant et assez efficace, une interprétation sans faute et bien sûr (on en attendait pas moins !) des effets visuels impressionnants.

Sur un écran géant, on en prend plein les yeux, mais «AI», qui aurait pu être un grand film de science-fiction, passe à côté de son sujet et ne peut même être un joli conte pour les enfants, tellement il est long !

Allez, Steven, le prochain sera peut-être le bon ! 
Auteur :Nathalie Grosskopf
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