Critiques

Aladdin : Stratégie de l’échec

Critique du film "Aladdin"

par Guillaume Méral

C’est peut-être faire du mauvais esprit typiquement franco-français, mais avouons-le : c’est bon de voir les puissants se prendre les pieds dans le tapis.

Il y a objectivement quelque chose de salvateur dans le fait de voir le principe d’incertitude rattraper ceux qui pensaient lui avoir payé un impôt de tranquillité. Rien de meilleur à tremper dans le café que le désarroi d’un empire qui tombe même momentanément du piédestal sur lequel il bombait le torse.

La raison pour laquelle on adore voir le PSG ne pas retenir sa leçon et qui gouverne le plaisir mesquin que l’on prend ici à regarder Disney se tirer une chevrotine dans le pied avec Aladdin.

Après les semi-échecs (ou demi-succès, c’est selon) de Jean-Christophe et Winnie, Le retour de Mary Poppins et Dumbo, Disney s’apprête à franchir le seuil critique avec ses remakes live-action de son catalogue animé.

En même temps, on ne peut pas tendre le bâton en permanence sans prévoir la possibilité de se le prendre dans la tronche un jour où l’autre. Or, avec Aladdin, tout semble avoir prévu pour se manger le retour de feu des fans ET du public lambda, qui ne comprendra la présence sur grand-écran de ce quatrième choix de soirée Netflix.

Certes, on voit bien ici et là que le bouzin a bénéficié des moyens qui dépassait sensiblement le budget cantine des deux Kev Adams.

Mais tout semble cheap et compassé dans Aladdin, de son image numérique qui a expédié l’étape de l’étalonnage à sa mise en scène qui fait tout pour concentrer l’action dans trois décors de télénovela, en passant par son casting pioché dans les fonds de tiroirs d’un télé-crochet.

C’est simple, on ne sait pas où viser sans tirer sur l’ambulance tant l’ensemble fouette la production lancée en dépit du bon sens. En témoigne les passages musicaux, qui ne répondent qu’à une logique de cahier des charges hérité du film original ; sans que personne ne soit demandé comment les assembler de manière cohérente au reste.

L’impression de regarder un film conçu par les permanents habituels du banc de touche se diffuse ainsi dans tous les compartiments d’un projet qui ne semble jamais savoir quoi faire des moyens qui lui sont alloués. A l’instar de Will Smith, qui se grime en géant bleu (mal) motion-capturé pour recycler du petit lui-même, signifiant la résistance des persona au progrès émancipateur.

Et ne comptez pas sur Guy Ritchie pour introduire un peu de sa folie borderline. La patte de l’anglais se résume ici à quelques cache-misères pour dynamiser artificiellement l’ensemble, confirmant que son cinéma ne résiste décidément pas à la privation de ses gimmicks.

A accident industriel voisin, on préfère sans hésitations se tourner vers Le Roi Arthur. Un cas rare de pétage de plombs financé par les gros sous de majors (sur lequel l’auteur de ces lignes a eu des mots pas tendres à sa sortie) qui fait office de sinécure face à ce pur produit corporate pensé pour flatter la vitrine publicitaire de l’empire aux grandes oreilles auprès des millenials.

Quitte à sacrifier le potentiel allégorique de son imaginaire, simple support convoqué pour pérenniser le narcissisme de classe derrière une promotion molle de la diversité et d’un empowerment racoleur.

Ah oui, parce qu’on a failli oublié : en plus de ça, ça pue. Une raison supplémentaire pour ne pas retenir ses coups sur un homme à terre, en attendant qu’il se relève sous les acclamations de ceux qui le lapidaient avec son remake du "Roi Lion" pasteurisé au photoréalisme.

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