Critiques

Albert à l’Ouest : Rien de neuf

Après le carton planétaire de "Ted" c'est peu dire que la nouvelle folie de Seth MacFarlane était attendue au tournant. En s'entourant d'un casting plutôt inattendu où il s'attribue le rôle principal et s'entoure notamment de Charlize Theron, Neil Patrick Harris et Liam Neeson, le trublion de "American Dad" a choisi de délaisser les oursons qui picolent pour s'attaquer à un genre éminemment américain : Le western avec "Albert à l'ouest" (distribué par Universal France).

Par le biais de son humour totalement atypique et rentre dedans, MacFarlane déboule dans le grand ouest au triple galop et très vite c'est à une déferlante de gags à laquelle on assiste. Le défi de l'acteur réalisateur est multiple : Faire co-exister son humour border line dans un récit qui soit cohérent avec les personnages qu'il dépeint, mais également faire en sorte que l'on croit au genre dans lequel son film s'inscrit. Si la reconstitution de l'Ouest américain est une réussite pas de doutes pour que MacFarlane puisse faire en sorte que ses gags fonctionnent dans cet univers.

Le western peut être un parfait terrain de jeu pour une comédie, on l'a déjà vu ("Le shérif est en prison", "Retour vers le futur 3"….) et de fait, on s'esclaffe à de très nombreuses reprises. Dès lors, même si "Albert à l'ouest" recèle des moments hilarants, comment se fait t-il que l'on en ressorte avec un sentiment mitigé ? Car tout démarre comme dans un bon vieux western des familles sur un thème musical familier et des décors déjà vus mais restitués ici de la meilleure des façons.

La première déconvenue de "Albert à l'ouest" (dire que quelqu'un reçoit un salaire pour trouver des titres français aussi pathétiques), c'est son personnage principal et plus que la caractérisation du personnage lui-même, c'est son interprète, Seth MacFarlane en personne, qui pose un vrai problème. Car si l'homme est génial pour ses performances vocales ou son écriture, sur le plan du charisme, il est un choix désastreux. Falot, jouant tout à plat, sans conviction, son jeu est d'une totale indigence. Sauvé par le casting qui l'entoure, MacFarlane parvient avec peine à faire illusion, et il est heureux que l'humour prenne le pas sur le reste et nous permette de passer outre, cette terrible erreur de casting (ou cet ego surdimensionné qui l'a conduit à s'octroyer le rôle titre).

Au-delà de ce gros problème, le film nous vaut quelques fous rires incontrôlables. Un humour comme pour "Ted", ultra référencé, mais qui fait mouche la plupart du temps. Mélange d'absurde et de grivois, le second défaut du film est pourtant d'avoir recours à maintes reprises à un humour scatologique qui se niche en dessous de la ceinture. A force de s'y cantonner, c'est un peu lassant et la subtilité n'est pas vraiment au rendez-vous. C'est bien gras et ça tâche et ça n'évite pas certains écueils. Mais la qualité d'écriture et d'observation de MacFarlane fait qu'il a parfaitement digéré ses influences et que tous les ingrédients incontournables des westerns sont là pour notre plus grand plaisir : poursuite à cheval, bagarres dans un saloon, duels dans la Grande rue, le vieux chemin de fer, les indiens… Jusqu'à ce point d'orgue, une séquence d'hallucinations, qui si elle est drôle par instants, est plombée par des effets visuels très moyens à ce niveau et par un côté absurde poussé à son paroxysme.

Malgré ce sentiment mitigé déjà évoqué, le plaisir et la jubilation finissent pourtant par l'emporter, car "Albert à l'ouest" a les défauts de ses qualités. L'anachronisme du personnage d'Albert est pour beaucoup dans la réussite de nombreux gags. Sensible, peureux, rêveur et sentimental, il tranche avec l'époque et c'est évidemment très bien vu et source d'innombrables fous rires. Le côté comédie sentimentale est traité sur un mode beaucoup plus réaliste et s'il n'est pas parfait, il donne des respirations au film. De Giovanni Ribisi à Amanda Seyfried ou encore Neil Patrick Harris, le reste du casting fonctionne à plein régime et des comédiens comme Charlize Theron et Liam Neeson plus habitués à des registres dramatiques, excellent à nous faire rire.

MacFarlane, en convoquant par intermittences les ombres tutélaires de John Ford et des ZAZ parvient au final à un film très plaisant quoique un poil long, mais il devrait dorénavant se contenter d'être aux manettes plutôt que devant la caméra pour éviter qu'on ne finisse par croire en cette maxime : A l'Ouest, rien de nouveau !

Auteur :Fred Teper
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