29 janvier 2020
Archives Critiques

Ali : L’oeuvre d’un grand cinéaste

Muhammad Ali reste, près de trente ans après son combat contre George Foreman en Afrique, une des légendes du XXème siècle. Tout commence en 1964 lorsque celui qui n'est encore que Cassius Clay, boxeur prometteur bat Sonny Liston et devient ainsi champion du monde. D'inconnu le boxeur vantard, rimailleur et charismatique devient alors une célébrité et un leader de la communauté noire. Il fréquente Malcolm X et Elijah Muhammad avant de finir par se convertir à l'islam et de devenir Muhammad Ali.

Engagé, il l'est dès le début de sa carrière, vantant ses mérites devant les journalistes ou s'érigeant contre les injustices de son monde. Appelé sous les drapeaux en 1967 pour partir au Vietnam ("Je ne suis pas en conflit avec le Viet Cong" dira-t-il), il refusera d'être incorporé donnant lieu par là à une procédure judiciaire qui l'éloignera des rings jusqu'en 1971. De retour, il commence une lente reconquête de son titre qu'il finira par reprendre après un mémorable combat en octobre 1974 à Kinshasa. Entre les deux, il s'est marié plusieurs fois, a fait de nombreuses erreurs, mais il est devenu un champion aimé et respecté.

Pari difficile que celui de réaliser la biographie d'une personnalité aussi marquante que celle de Muhammad Ali sans tomber dans l'hagiographie simpliste et partisane. Pourtant, le cinéaste Michael Mann (réalisateur entre autres de "Le dernier des Mohicans", "Heat", et surtout le magnifique "Révélations"), s'en sort avec une relative aisance, mêlant portrait intime et grande histoire dans un film d'une facture impeccable.

De 1964 à 1974, sans s'encombrer de repères chronologiques, le cinéaste filme les évènements marquants de la vie d'Ali, qu'ils soient d'ordre privé ou au contraire, visibles de tous. Mann ne filme pas une icône intouchable mais un homme comme les autres qui met ses capacités au service de ses croyances, un homme capable de faire des erreurs et de réaliser de grandes choses, un homme célèbre, mais juste un homme.

C'est en évitant le côté convenu de la biographie que Michael Mann fait preuve de son talent. Il est aidé en cela par un Will Smith métamorphosé, qui très loin du Prince de Bel Air ou de Bad boys, fait revivre le champion devant la caméra de manière étonnante. Sans trop jouer avec une émotion que Will Smith a parfois du mal à faire naître, le réalisateur filme d'abord l'histoire d'un homme, artisan de sa propre histoire. Un champion qui, au moment de reconquérir son titre en 1974 devant ce qui reste le plus beau combat de boxe du siècle, réalise qu'il a changé.

Dans cet exercice difficile, Mann prouve une fois encore qu'il est un très grand cinéaste. L'intérêt de ce portrait, approuvé par Ali lui-même, c'est de rester à hauteur d'homme, une hauteur qui implique parfois naïveté et maladresse mais aussi, dans le cas de Muhammad Ali et de Michael Mann, de la beauté et une certaine grandeur.

Auteur :Guillaume Branquart
Tous nos contenus sur "Ali " Toutes les critiques de "Guillaume Branquart"

ça peut vous interesser

La Voie de la Justice : La critique du film

Rédaction

Bad Boys 3 : L’heure de la retraite a sonné

Rédaction

Alice et le maire en DVD

Rédaction